Cardio-connectés : établissez de nouvelles connexions avec vos adhérents


Il y a une chance sur deux pour que vos clients viennent dans votre salle avec un smartphone. Cet outil devient central dans leur vie, il va le devenir aussi dans leur entraînement. Mais seulement si vous l’accompagnez.

À moins de vivre dans une grotte, il est peu probable que vous échappiez encore longtemps à la numérisation de votre parc d’appareils de cardio et de musculation. Même en 2014, tous les systèmes des grands fabricants ne sont pas toujours complets, quoique, mais c’est la tendance qui est intéressante. Nous n’allons pas réaliser de comparatif ici mais vous parler de ce que sait faire un système connecté aujourd’hui, de la valeur qu’il peut apporter à vos adhérents et, in fine, à votre chiffre d’affaires.

Prenons l’entretien de vos tapis de course. Lorsqu’ils sont connectés à votre système de gestion de flotte, chaque appareil remonte ses statistiques d’utilisation, principalement le nombre de kilomètres au compteur. Un tapis, parce qu’il est le premier d’une rangée, a 100 kilomètres de plus que son voisin ? Intervertissez-les afin d’homogénéiser leur exploitation. Communiquer avec ses appareils de cardio permet aussi de gérer ce qui est affiché sur l’écran tactile, comme des conseils personnalisés selon le profil du client, des annonces de partenaires, ou une invitation à participer au prochain cours collectif !

La plus-value ne se situe pas dans la connectivité pour la connectivité, mais dans la personnalisation de l’expérience client. L’intérêt de ces systèmes est de pouvoir remonter les données générées par les adhérents. Il s’agit des données de leur profil (âge, sexe, poids, taille, indice de masse corporelle, capacité respiratoire maximale, etc.), celles de leur activité (calories brûlées, nombre de pas, exercices réalisés, intensité, temps de repos, etc.), le tout mis en regard de leurs objectifs, préalablement renseignés dans le système, avec ou sans l’aide d’un coach. Cela peut être une fonte adipeuse, un gain d’endurance, d’explosivité, de force… tout peut être assisté numériquement.

Entraînement de bout en bout

À ce jour, le fabricant qui est allé le plus loin dans cette approche est sans doute Technogym, avec son Wellness System, ce que nous explique Nicolas Jeansoulé, formateur pour Technogym auprès des clubs équipés de cette technologie. En tant qu’ingénieur, il aide aussi le fabricant à concevoir son système. Le premier atout visible est que le coach n’a plus besoin des multiples feuilles volantes pour suivre chacun de ses membres. Tout est informatisé et centralisé sur le compte du client. Lorsqu’il se déplace de machine en machine, il prend avec lui son historique d’entraînement. En amont, le coach paramètre une routine individualisée avec des objectifs, par exemple, dictés par le pourcentage de la fréquence cardiaque ou la charge soulevée pour la musculation.

« Ce système a été conçu avec toute la littérature scientifique qu’on a aujourd’hui, de façon à ce qu’il réponde aux besoins de toutes les personnes : débutants, seniors, femmes, hommes, personnes en surpoids, mais aussi professionnels. Je l’utilise personnellement pour le PSG Handball… », confie Nicolas Jeansoulé. L’avantage, ici, est que Technogym a connecté non seulement sa gamme cardio mais également ses appareils de musculation. Mais quid des activités à poids libres, poids de corps ou des cours collectifs ? Pour cela, Wellness System invite l’utilisateur à renseigner ses activités.

Suivant la mode des bracelets connectés comme le Withings Pulse, le Jawbone UP ou le Fitbit® Force, l’équipementier a sorti sa MyWellness Key. Cette dernière enregistre l’activité de la personne au cours de la journée et, à la manière du Nike FuelBand, attribue un nombre de « moves », correspondant au nombre de pas, aux calories, etc. Connectée au Cloud de Technogym, elle ajoute ces informations au profil d’entraînement et l’influence. Il y a aussi une dimension sociale. Les clients peuvent se challenger via la plate-forme. Cette clé est aussi un avatar du club, toujours dans la poche, invitant l’adhérent à revenir en salle. Selon une enquête menée en 2011 par Technogym, les clubs équipés du Wellness System ont un taux de fidélisation de 70 %, contre une moyenne de 40 %.

Intégration à un écosystème mobile

Satisfaire le client en le faisant progresser et le fidéliser en le surprenant, la problématique est invariable, mais tous les fabricants ne l’abordent pas avec la même philosophie. Jurgen Holvoet, chargé de communication pour Life Fitness en Belgique et en France, nous explique que le numéro un mondial du fitness a choisi une approche mobile. Exit la clé USB, l’expérience LFconnect se fait via le smartphone ou, si le club le souhaite, une carte RFID. Compatible avec les machines cardio, l’application l’est aussi avec nombre d’autres applis (via les interfaces de programmation, API) et d’autres périphériques.

Conscient que certains adhérents sont déjà sensibilisés au fitness connecté, ou qu’ils le seront, l’américain a ouvert son écosystème aux développeurs tiers afin qu’ils l’enrichissent et qu’ils connectent leurs solutions. LFconnect peut par exemple se connecter à la célèbre application de running Runtastic afin d’intégrer les données de course réalisées en extérieur dans l’application de Life Fitness, puis présenter les résultats dans son tableau de bord. Fitbit® et son bracelet connecté seront bientôt compatibles, de même que l’appli dédiée à la perte de poids Lose It! ou encore l’assistant SoFit.

« Nous n’en sommes qu’au début », assure Jurgen Holvoet. « Actuellement, nous connectons essentiellement des applications dédiées à la pratique physique mais les clubs de fitness et les utilisateurs y gagneront encore plus lorsque nous intégrerons des jeux, qui aident à stimuler la motivation. Les développeurs travaillent de plus en plus en ce sens », explique-t-il. La « gamification », soit l’intégration de mécaniques de jeux dans un processus qui n’est initialement pas un jeu, tel que la remise en forme, fait déjà ses preuves dans le e-marketing où il permet de mieux engager les internautes auprès de marques. Autre atout : quand l’adhérent va défier ses amis dans des courses virtuelles en ligne (mais bien réelles !) ou autres, il va améliorer leur engagement. Facile, non ?

La technologie, mais avec simplicité

Il faut reconnaître que certains appareils de cardio en font trop. A-t-on vraiment besoin de surfer alors qu’on est déjà en train de courir ? N’est-on pas assez sur Facebook dans une journée ? Precor a longtemps pensé qu’il ne fallait pas perturber l’adhérent avec le multimédia. Patrick Chouvet, directeur marketing et commercial France de Precor, nous explique que le fabricant a finalement fait le pas, en 2010, mais à sa façon. « Nous n’avons pas suivi Technogym dont le système est complet mais très complexe et pas adapté aux petites structures », nous dit-il. Sur le multimédia, Precor a voulu adapter l’expérience utilisateur à la pratique du fitness avec une interface simplifiée, avec, par exemple, un fil d’actualités affiché en flux RSS, un peu comme dans Google Actualités.

Côté entraînement, le centre de l’écosystème Precor se nomme Preva®. C’est une application smartphone reliée au système cardio. L’utilisateur peut, comme avec les autres marques, scanner les codes QR sur les appareils de musculation et voir des vidéos de démonstration. Mieux, Preva® reconnaît les machines des concurrents, afin que l’utilisateur en transit dans un autre club puisse tout de même s’entraîner. Comme Life Fitness, Precor a ouvert son système à d’autres environnements comme Polar et ses montres. Pour entretenir la motivation, des récompenses virtuelles sont proposées.

Patrick Chouvet considère aussi que « le fitness connecté en est encore à ses balbutiements ». Mais il prévient que « certains s’engouffrent dedans sans assez prêter attention à l’utilisation effective du client. Le trop est l’ennemi du fitness », avant d’ajouter : « Precor préfère rester sur des choses simples – ce qui est reconnu par les utilisateurs – puis les enrichir. »

Quand le multimédia motive

Certains adeptes de fitness préfèrent s’entraîner pour s’entraîner, alors la mélopée du tapis de course rythmée par leur respiration suffit. D’autres – est-ce une majorité ? – sont en demande de stimulation. Non pas pour tuer le temps et courir passivement mais pour, au contraire, se dépasser. Et c’est ainsi que la plupart de vos adhérents courent en musique, écouteurs dans les oreilles, iPod dans la poche. Matrix leur propose de leur faciliter la tâche avec son système multimédia Netpulse. Qui n’est ni plus ni moins qu’un service de musique (et bientôt en France, de vidéo) à la demande. À la manière de Spotify et de Deezer, Matrix propose un catalogue d’albums en ligne. « De chez lui, l’utilisateur peut établir sa liste de lecture qu’il retrouvera sur tous les appareils Matrix », nous indique Arnaud Mien, directeur service après-vente de Johnson Health Tech France.

Pour que la machine reconnaisse son utilisateur, il devra y entrer son identifiant et son mot de passe. Pas de clé ou de smartphone ? « Nous ne voulons pas que la personne qui n’avait pas prévu de s’entraîner un jour refuse de le faire au motif qu’elle n’a pas sa clé sur elle et qu’aucune de ses informations d’entraînement ne sera enregistrée », explique-t-il. « Avec le login et le mot de passe, il peut retrouver ses données partout. »

Matrix étudie de nouveaux partenariats afin d’accompagner les pratiquants mais ne propose pas encore de véritable suivi. Le consensus semble établi : « Nous en sommes encore au tout début du fitness connecté. » Mais il reste du travail à accomplir sur l’interprétation des résultats et le conseil… « Les bracelets connectés me disent combien de temps je dors et combien de pas je fais avec de jolis graphiques mais ils ne fournissent pas d’interprétation derrière », déplore Arnaud Mien. Pour lui, l’analyse des résultats et l’accompagnement du client sont véritablement les prochains défis que devront relever les acteurs du fitness 3.0.

Thomas PONTIROLI