Plus loin, plus haut, plus fort

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L’esprit olympique et la pratique de la mindfullness based cognitive therapy dans le coaching du sportif

«Troisième vague». Il ne s’agit pas de surf, mais de la dernière née des pratiques en thérapie cognitive américaines. La thérapie fondée sur la pleine conscience pour la réduction du stress (mindfullness based stress reduction, MBSR), la thérapie cognitive fondée sur la pleine conscience (mindfullness based cognitive therapy, MBCT) et la thérapie d’acceptation et d’engagement (acceptance and commitment therapy, ACT) sont ses trois fers de lance.

En quoi la pratique de la méditation mindfullness peut-elle intéresser le sportif, qu’il soit amateur ou professionnel et son coach ? Nous allons voir qu’il peut s’agir d’un outil précieux pour améliorer la performance, repousser les limites physiques, émotionnelles et mentales, ainsi que pour accroître le plaisir de la pratique sportive, lui-même source de motivation, voire de douce addiction !

Mindfullness, un concept nouveau, des fondements ancestraux La pratique de la méditation mindfullness est une pratique laïque qui a fait l’objet ces dernières années de nombreuses recherches, en particulier par le Center for Mindfullness de l’école de Médecine de l’Université du Massachusetts, mais aussi à très récemment à l’INSEP par Jean Fournier, chercheur au laboratoire de psychologie du sport. Elle trouve néanmoins ses racines dans les pratiques ancestrales de méditation bouddhique, yogique, chez les soufis de l’Islam, et dans d’autres traditions encore. On s’aperçoit de nos jours de l’intérêt de ces découvertes anciennes dans notre monde moderne soumis à la pression de la performance et du succès.

Une remise en question de la préparation mentale classique du sportif Jusqu’à récemment, il s’agissait en psychologie du sport d’apprendre à gérer les émotions et pensées négatives en tentant de les contrôler, de les remplacer par du positif. La notion de force mentale a été promue au rang de condition nécessaire à la réussite. Avoir un «gros mental» serait la condition même de la victoire et du dépassement de soi. Or, les chercheurs s’aperçoivent de nos jours que «la tentative de suppression et de contrôle des pensées accroît l’activité cognitive». Soit l’inverse de ce qui est recherché !

Pour diminuer l’activité cognitive, il faudrait : de faibles jugements sur soi, une faible attention à la menace externe ou interne et peu de considération sur les conséquences de la performance. Que l’on songe à Usain Bolt et sa déroutante désinvolture… jusqu’à son faux départ de la finale du 100 m aux championnats du monde de Deagu. De son aveu même, c’est la pression et l’énorme travail mental de préparation de ces départs qui seraient à l’origine du fiasco. Plus j’y pense et moins j’oublie…

Conscience corporelle et acquisitions motrices C’est un fait bien connu par les experts en performances psychomotrices, les psychomotriciens en tête : l’attention portée au corps favorise les apprentissages et l’intégration des réflexes. Conduire une voiture ou tout autre véhicule devient un automatisme lorsque les actions motrices nécessaires à cette pratique ont été intégrées. Lors de l’apprentissage d’un geste toutefois, une conscience fine de son corps, du jeu des tensions musculaires, de la position du corps dans l’espace, de la pesanteur, sont des facteurs favorisant l’apprentissage. Lorsque la pratique est acquise, un retour vers cette conscience des sensations corporelles évite l’installation de mauvaises habitudes et les corrige le cas échéant. Conscience émotionnelle et performance sportive On sait également que le système émotionnel est en étroite corrélation avec le système musculaire. L’émotion peut favoriser la performance dans le cas d’une décharge d’adrénaline ou d’endorphines, mais aussi paralyser complètement la machine si cette émotion est inadaptée à la situation. Avec la pratique mindfullness, l’enjeu est une prise de recul vis-à-vis des émotions qui sont alors prises et acceptées pour ce qu’elles sont. C’est comme se trouver dans l’oeil du cyclone, seule zone où l’on n’est pas emporté par la tempête.

Conscience mentale, motivation et dépassement de soi Prendre conscience de ce qu’on sent, de ce qu’on vit, accepter pensées et émotions pour focaliser l’attention sur les résultats de l’action sont les clés qui permettent d’affronter les difficultés liées à la pratique sportive. L’écoute de soi, la prise de recul, permettent de repousser les limites liées au doute, à la souffrance, le tout en diminuant le risque de blessure liée aux erreurs techniques et à l’effort trop intense. En effet, tout sportif sait qu’à l’entraînement ou en compétition, quel que soit le niveau de pratique, des pensées et émotions surgissent dans certaines circonstances qui viennent entraver la progression ou la performance.

À retenir… Lorsque le doute ou la souffrance s’installe, retrouver le calme en soi, se situer en position d’observateur dégagé de toute implication, permet de franchir le cap tant redouté.

Pour cela, le concept de force mentale, d’effort pour contraindre la pensée, s’avère désuet. L’acceptation de ce qui est, ici et maintenant, est la clé.