Il a tout d’un grand franchiseur low cost, mais
il est bien un petit réseau indépendant régional. Structuré, professionnel
et constamment à la page, Freedom Fitness se développe depuis 2008 autour de Grenoble et plus loin, allant jusqu’à reprendre d’anciens centres de grands réseaux… Rencontre.
Spontanément, ses interlocuteurs pensent que Fabrice Gargi dirige un groupe. Le nom peut-être ? Freedom Fitness ne sonne certes pas amateur. Le rythme de développement du réseau ? Le manager a créé l’enseigne en 2008 et a déjà ouvert douze centres en région Rhône-Alpes. Le sérieux de la gestion alors ? Ou le nombre d’abonnés ? Plus de 11 000 déjà. Le manager en sourit. Mais c’est bel et bien en tant qu’indépendant qu’il mène sa barque. Un nouvel exemple qui émerge et se maintient sur le marché français grâce à des acteurs capables d’évoluer entre le low cost et le premium.
Nous retrouvons Fabrice Gargi accompagné de son fils Joceran. Ce dernier a hérité de la gestion opérationnelle pendant que son père gère la stratégie et le développement. Les deux sont rugbymen. Joceran a été champion de France élite de rugby à 7 en 2018. Le ton est accueillant et sympathique, le propos précis. Le duo a ouvert son dernier club à Belley (Ain), dans un ancien GymCo vraiment en perte de vitesse. « Le matériel et les locaux étaient très vieillissants et il n’y avait plus aucune dynamique commerciale », constate Fabrice Gargi. De 300 abonnés, Freedom Fitness est passé à 600 en à peine dix jours. L’objectif est de toucher un millier de clients d’ici à la fin de l’année – les Gargi ne sont pas inquiets. L’un des secrets de ce (re)démarrage en trombe est d’avoir bien ciblé les réseaux sociaux, notamment Instagram – une tâche qui incombe à Joceran. « Je l’ai repris, car je continue de mailler ma zone avec mes clubs. J’en avais un à Pont- de-Beauvoisin, à vingt minutes de Belley, et je ferme la boucle avec celui d’Aix-les-Bains », poursuit Fabrice. Il livre l’un des autres secrets, qui n’en est pas vraiment un : un prix mensuel de 10 euros inférieur à l’ancien tarif, et 15 euros moins cher que le club concurrent le plus proche. Mais également, une plage horaire d’ouverture non-stop, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
« Avec les réseaux sociaux, les jeunes ont développé une vraie éducation au fitness. »
UN CLUB LOW COST DE LIGUE 2
Freedom Fitness est une marque de fitness low cost à 29,95euros par mois (sans engagement). Chaque club repose sur un manager et aucun coach salarié – il faudra pour cela miser sur des indépendants pour une soixantaine d’euros l’heure, mais ce n’est pas le gros de l’offre. Les clubs comptent entre 1 000 et 1 500 abonnés répartis sur 300 à 900 mètres carrés. L’offre se découpe en une zone de cardio-training, une salle de cours collectifs vidéo, du cross training, et un vaste plateau de musculation entièrement équipé par la marque italienne Panatta, incluant leur gamme force athlétique. « Nous sommes extrêmement contents de cette marque, qui est très qualitative, et c’est aussi une façon pour nous de nous démarquer de nos concurrents, que ce soit Fitness Park ou Basic Fit, respectivementéquipés en Technogym et Matrix » compare le gérant.
« Nous avons démarré à Grenoble et en petite couronne. Alors, oui, depuis 2008, nous avons effectivement vu déferler la concurrence sur notre segment, mais nous sommes touours là, nous n’avons pas déposé le bilan ! », relève Fabrice Gargi. « Nous nous battons avec nos armes. C’est sûr que nous n’avons pas le même rythme de croissance que nos rivaux. Nous cherchons à nous implanter dans des zones de chalandise de 30000 habitants. Ce n’est pas intéressant pour des Basic Fit, Fitness Park ou On Air, qui ont des coûts d’installation bien supérieurs à nous », explique le dirigeant, pour lequel il en coûte 300 000 à 400 000 euros par club. Sur le positionnement, Freedom Fitness n’est pas si différent des autres low cost. Ce qui le distingue, ce sont notamment ses emplacements géographiques. Lui évolue en Ligue 2 quand Basic Fit est en Ligue 1. Mais tous les deux jouent le même sport : le fitness.
BRAS DE FER ET POWERLIFTING
Freedom cultive quand même certaines singularités. Les clubs proposent du Cross Free (entraînement fonctionnel), pour 69,95 euros avec engagement (10 euros de plus sans engagement), et de l’électrostimulation (EMS) pour 110 euros dans chaque centre. Cela permet d’animer la communauté et cela plaît beaucoup. Ce sport est d’ailleurs affilié à la Fédération française de force – logique, pour de gros bras. Là encore, cet ajout au catalogue est un apport de Joceran. « La force comme le bras de fer sont popularisés par les réseaux sociaux, avec beaucoup de jeunes youtubeurs et instagrameurs qui se filment en train de se préparer pour la compétition », relève le trentenaire. De là à dire qu’on pourrait créer des boutiques gym de powerlifting, sur le modèle du cycling… mais Fabrice Gargi n’y croit pas trop. « J’ai déjà eu cette idée, je pensais que ce serait pas mal,mais, en réalité, c’est trop compliqué, surtout en province », conclut le dirigeant. Il réserve cette activité exigeante aux associations, ou à Freedom Fitness, bien sûr.
GÉNÉRATION YOUTUBE
Et pourtant, les managers pourraient être surpris par leurs propres clients. Eux qui misaient massivement sur les appareils guidés ces dernières années – par sécurité face à des pratiquants débutants –, sur le terrain, les Gargi remarquent une vraie montée en compétences. Joceran est formel : « Avec les réseaux sociaux, les jeunes ont développé une vraie éducation au fitness. » YouTube, Instagram et TikTok regorgent de contenus. Certes, pas toujours de qualité. Et jamais contrôlés. Mais, bon an mal an, ils véhiculent un certain nombre de préceptes et de bonnes pratiques sur les mouvements, la conduite des par mois à raison d’une séance par semaine, et 199 euros par mois pour deux séances. Des tarifs conséquents qui, forcément, n’intéressent pas le plus grand nombre – à plus forte raison en région –, mais qui permettent de toucher une clientèle que Freedom Fitness ne capterait pas de toute façon.
Plus exotique, les clubs misent aussi sur la force athlétique, notamment dans le centre de Pontcharra, dont le manager est le « monsieur force » de l’entreprise (285 au squat, 180 au développé couché et 280 au soulevé de terre). Certains parcourent des dizaines de kilomètres pour s’entraîner avec lui, y compris des athlètes féminines. Plus original encore, Freedom Fitness mise de plus en plus sur le bras de fer. Une discipline qui a le vent en poupe et une tendance que le club veut capter avec des tables entraînements et leur programmation, et la nutrition, sans oublier le jargon qui va avec. Morceau choisi : un tailleur parisien confiait récemment dans un podcast que de plus en plus de jeunes clients viennent avec cet avertissement : « Prévoyez une coupe un peu plus large… je suis en prise de masse ! » Les coachs s’étrangleront peut-être de voir cette génération biberonnée aux vidéos verticales, mais, pour Fabrice Gargi, ce n’est pas négatif. « Cette tendance est née après la Covid. Les gens étaient enfermés chez eux et ont cherché des conseils sur Internet pour s’entraîner chez eux », remarque-t-il. En ligne, ils trouvaient aussi des coachs, généreux en cours à distance. Cet héritage du « fitness sur mobile » est « positif, car il contribue à mettre cette discipline en lumière », pointe le manager.
Résultat concret, « on a de plus en plus de jeunes gens qui s’entraînent avec des poids libres, y compris des filles. Parallèlement, on remarque une désaffection des appareils de cardio-training, au profit des barres et haltères », souligne Fabrice. Les lignes de tapis de course et de vélo ont-elles vécu ? Cette forme de prise en main est entretenue par les cours vidéo. « Chez nous, les adhérents peuvent suivre des cours (fournis par Heitz) sur un grand écran, mais nous avons installé un Chromecast pour qu’ils puissent diffuser leurs propres vidéos, car beaucoup ont leurs habitudes », pointe le gérant. Venir à la salle avec son coach influenceur dans la poche, vous ne l’aviez pas vu venir ? « Pour remettre tout ça dans la vie réelle, nous proposons quand même un à deux coachs indépendants par club », complète Fabrice Gargi. Certes, cette offre sera trop onéreuse pour beaucoup de jeunes clients de Freedom.
Ces jeunes, ils aiment aussi la bagarre. Avec la tendance du MMA, le patron de Freedom Fitness ne voudrait pas passer à côté. Étudiant le rachat d’un treizième club, il est en discussion pour intégrer une offre de combat. Forcément de la boxe anglaise, et peut-être plus. « On a démarré avec de la muscu et du cardio et, petit à petit, on a ajouté des disciplines, comme le powerlifting, le bras de fer, le cross training et l’électrostimulation » liste le patron. Situé dans le nord grenoblois sur 1 000 mètres carrés, ce futur club devrait intégrer la maison en janvier, si tout va bien. «Le MMA c’est ce qui se fait en ce moment, il y a un trèsfort engouement pour ce sport », pointe Fabrice Gargi. En France, le nombre de pratiquants d’arts martiaux mixtes a quadruplé en un an. Il y aurait déjà plus de 60 000 adeptes dans le pays à ce jour.
EN TOUTE FRANCHISE ?
Pour assurer ce beau développement, Fabrice Gargi mise sur une expérience de bientôt quarante ans dans le fitness. Né en 1966, il démarre à 20 ans chez Athena Club. Quand il est racheté par Gymnase Club trois ans plus tard, lui, reste salarié. D’abord prof de fitness, d’aérobic, puis il grimpe les échelons : assistant de direction, et directeur de trois clubs. Au tournant des années 2000, Fabrice Gargi prend son indépendance et lance un centre d’amincissement en 2001.
En 2006, il monte des centres Power Plate, qui seront revendus. Fort de ce parcours, il lance Freedom Fitness en 2008. Pourquoi l’entrepreneuriat ? « Comme je suis bon à rien, il fallait que je fasse travailler les autres », plaisante-t-il. « Pour entreprendre, il faut être courageux, avoir une vision business et toujours suivre l’évolution du fitness », recommande-t-il à qui voudrait se lancer. Pour rester à la page ? « Vous devez lire Fitness Challenges ! » Ah oui, un autre conseil : « Il faut savoir parler aux banques ! » « Aujourd’hui, j’obtiens presque ce que je veux (il est chez LCL), mais au début, c’est dur de faire ses preuves. » Lui a été aidé par son statut d’ancien directeur, et parce qu’il a pu mettre de l’argent sur la table. Mais enfin, il ne faudrait rien minimiser ni enchanter le passé… Freedom Fitness s’est lancé, rappelons-nous, en pleine crise financière des subprimes. Heureusement, l’activité se rentabilise assez vite. « Généralement, on ne perd pas d’argent la première année. On fait souvent de bons démarrages avec nos offres promotionnelles », se félicite le manager. Aujourd’hui, Freedom génère 3,5 millions d’euros de chiffre d’affaires TTC, pour un panier moyen de 28 euros, avec neuf centres en propre (dont un de cross training) et trois en franchise. Enfranchise ? « On l’a fait, car une occasion se présentait avec un ami (le manager de Pontcharra), tempère Fabrice Gargi. Mais il n’a aucunement l’intention de développer cet aspect.
« La franchise, ce n’est pas mon métier. Je n’ai pas envie d’aller dans les salons promouvoir la marque et animer ensuite un réseau », tranche le patron. Pour son fils Joceran, en revanche, la porte reste ouverte. Et c’est bien de ce côté qu’il faudra regarder, car c’est lui qui est amené à reprendre le flambeau. Lui fait partie de ces autodidactes qui ont besoin de travailler tout de suite. « J’ai d’ailleurs raté mon BTS management en unités commerciales, car je n’étais pas très scolaire, mais une fois en CDI, j’ai travaillé sans compter mes heures », témoigne-t-il. Et cela lui réussit plutôt pas mal. Freedom Fitness parvient à se développer en reprenant d’anciens clubs indépendants tombés en désuétude ou restés sur le carreau avec la pandémie de Covid. Mais aussi, et de plus en plus, l’enseigne se targue de reprendre des centres de grandes franchises en difficulté. Un pied de nez pour ce petit poucet du fitness. « L’avenir n’est pas que pour les groupes. On n’a jamais autant parlé de fitness. Eux créent de la visibilité, analyse Fabrice Gargi, et les indépendants se développent avec des offres complémentaires. Mais à condition d’être structuré comme nous. »
Frédéric Claudel, associé de la première heure dans Freedom Fitness.
Il est franchisé de 3 des clubs du groupe (Aix-les-Bains, Pontcharra et Crolles), et s’occupe dans le groupe Freedom Fitness de la partie grand compte des comités d’entreprises et du côté technique des clubs du groupe.
Il a démarré sa carrière à Paris comme professeur de fitness dans les années 1980, il s’engage dans la partie commerciale
du fitness, puis devient directeur du Gymnase Club des Champs-Élysées avant de choisir la région grenobloise. Il se lie d’amitié avec Fabrice Gargi au Gymnase Club Seyssinet. Il fonde le club City Gym en 2006, ce qui l’amène naturellement à créer l’enseigne Freedom Fitness avec lui en 2008.




