Metropolitan, le premium espagnol qui gagne la Côte d’Azur

Sur la Côte d’Azur, ce nouvel opérateur impose un fitness premium tout droit inspiré de l’hôtellerie. Technologie (IA !), bien-être et communauté redéfinissent les codes de la salle de sport tandis que le groupe espagnol prépare son expansion en France, bientôt à Lyon, Bordeaux et même Paris.

Il y a parfois des ouvertures de clubs qui ressemblent à un pari. Celle de Metropolitan à Nice, en février 2020, en faisait clairement partie. Le groupe espagnol débarque alors sur la Côte d’Azur avec un concept de fitness premium largement inspiré de l’hôtellerie… six semaines avant que le Covid ne ferme brutalement les clubs.

Cinq ans plus tard, l’enseigne exploite deux sites niçois, revendique plusieurs milliers d’adhérents et prépare déjà son expansion en France. Une trajectoire improbable que raconte aujourd’hui Franck Aymonin, directeur du Metropolitan Nice Iconic, deuxième club ouvert dans la ville.

Quand il évoque l’enseigne, le manager parle d’abord d’une histoire industrielle. Metropolitan n’est pas une start-up du fitness, mais une vieille maison espagnole. Le premier club ouvre à Barcelone en 1989. Le deuxième n’arrive qu’en 2002. Treize ans d’écart. « Ensuite, le développement s’est fait régulièrement. Aujourd’hui, on compte 23 clubs au total, dont 21 en Espagne et deux à Nice », explique Franck Aymonin. Le groupe emploie près de 1 400 collaborateurs et revendique environ 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, légèrement en croissance.

L’entreprise appartient à un groupe diversifié, présent notamment dans la construction et l’hôtellerie. On y trouve les hôtels Hesperia ou Hyatt en Espagne. « Metropolitan est la filiale fitness. Mais on fonctionne en fonds propres, avec une vision assez long terme », souligne le manager. Cette culture du capital patient explique en partie le rythme de développement mesuré de la marque.

L’aventure française démarre en 2019. Le groupe cherche alors un premier marché hors d’Espagne et identifie rapidement la Côte d’Azur. L’opportunité vient du centre commercial Cap3000, près de l’aéroport de Nice. Le site est en pleine extension et veut monter en gamme avec une aile premium baptisée Le Corso, où s’installent des marques de luxe comme Dior ou des horlogers haut de gamme.

« Le promoteur Altarea-Cogedim cherchait un club de fitness premium qui corresponde à cette montée en gamme. Metropolitan incarnait parfaitement cette image », raconte Franck Aymonin. Le projet est piloté par Daniela Leite, directrice historique du groupe devenue directrice générale France.

Le dévollage du premium en région

Le calendrier, lui, va s’avérer cruel. Metropolitan Cap3000 ouvre en février 2020… et ferme quelques semaines plus tard avec le premier confinement. « Le démarrage a été extrêmement compliqué. Il y avait beaucoup de doutes, beaucoup d’instabilité. Mais le groupe a soutenu tous les salariés en Espagne et en France en maintenant les salaires », se souvient le manager.

Pendant les fermetures administratives, les équipes improvisent. Les coachs se rendent au club avec un trépied pour tourner des cours vidéo. Les contenus alimentent le site internet et permettent de garder un lien avec les adhérents. « Daniela Leite est restée en contact permanent avec les équipes. L’entreprise a serré les dents », raconte-t-il.

La véritable ouverture du club intervient finalement en juin 2021. Près de 1 000 membres sont déjà inscrits. Les équipes s’attendent alors à un afflux massif de clients, persuadées que la disparition de nombreuses salles généralistes va profiter au premium.

Mais la réalité est plus nuancée. « Les gens avaient changé leurs habitudes. Ils ne sont pas revenus immédiatement au fitness. » Il faudra attendre novembre 2021, puis surtout le printemps 2022, pour voir les adhérents revenir massivement en salle. « À ce moment-là, on a senti un vrai besoin de sortir, de reprendre une activité. »

Le marché azuréen, lui aussi, est en pleine mutation. « On est arrivés à un moment charnière. Certains clubs généralistes devenaient low cost, tandis que nous arrivions avec une offre premium », analyse Franck Aymonin. Sur la Côte d’Azur, le segment haut de gamme existait déjà, avec quelques acteurs comme Monaco ou certaines salles indépendantes autour de 150 euros par mois. Mais l’offre restait limitée.

Metropolitan assume un positionnement tarifaire élevé. L’abonnement au club Iconic démarre à 169 euros par mois (car il est encore en phase d’acquisition clients), contre 179 euros à Cap3000. Une formule à 219 euros permet d’accéder aux deux clubs. Particularité notable : aucun engagement.

« Nous voulons être un club de bien-être, pas seulement une salle de sport », résume Franck Aymonin. Le concept repose sur une approche globale mêlant fitness, récupération, restauration healthy et même coworking.

Les équipements jouent un rôle central dans cette expérience. Metropolitan travaille principalement avec Technogym et ses machines connectées BioStrength et BioCircuit. Contrairement aux appareils traditionnels, elles fonctionnent sans poids mais avec des moteurs qui ajustent la charge automatiquement. Pour y parvenir, elles utilisent même de l’intelligence artificielle (IA) ; même le fitness n’y échappe pas !

« Le système mémorise les dimensions du corps et les objectifs de l’utilisateur. Quand il se connecte avec son bracelet, le siège s’ajuste et la charge se règle toute seule », décrit le manager. L’appareil peut même modifier la résistance au cours du mouvement, notamment sur la phase excentrique. « Pour l’hypertrophie ou la rééducation, c’est exceptionnel. »

Le principe rappelle les machines isocinétiques utilisées dans le sport de haut niveau. « Ma femme a été championne d’Europe de saut en longueur. Elle utilisait ce type d’équipement à l’Insep. Aujourd’hui, monsieur tout-le-monde peut y accéder », sourit-il.

L’Apple du fitness

Le club mise aussi sur la mesure de la condition physique. L’outil Technogym Checkup propose une analyse complète : impédancemétrie, mobilité, équilibre ou tests cognitifs. L’ensemble débouche sur un indicateur appelé « wellness age », censé refléter l’âge biologique de l’utilisateur.

« Les gens veulent mieux se connaître. Ils ne viennent plus seulement transpirer », explique Franck Aymonin. Cette logique d’accompagnement se retrouve dans l’organisation du club, où une dizaine de coachs travaillent à temps plein.

Leur rôle dépasse la simple surveillance du plateau. Ils encadrent les cours collectifs et proposent également du coaching personnalisé sur leur temps libre. « Nous investissons beaucoup dans la formation interne, notamment sur la programmation ou la préparation Hyrox », précise le directeur.

Les cours collectifs constituent un pilier de l’offre. Chaque club en propose environ 130 par semaine : yoga, Pilates, HIIT, cycling, boxing ou encore TRX. Certaines disciplines plus originales apparaissent également, comme le yoga du visage ou des sessions de respiration.

Metropolitan pousse aussi ses adhérents vers l’extérieur. L’enseigne a lancé un running club en partenariat avec Azur Sport Organisation, l’organisateur du marathon Nice-Cannes. Trois sorties sont proposées chaque semaine.

« Nous avons environ 60 coureurs réguliers, avec des niveaux très variés », raconte Franck Aymonin. Certains mettent une heure vingt pour courir dix kilomètres, d’autres descendent à 35 minutes. « L’idée est de créer une communauté. »

La même logique s’applique au Hyrox, discipline hybride mêlant course et exercices fonctionnels. Une trentaine d’athlètes niçois ont participé à une compétition en février. Au-delà du sport, Metropolitan se rapproche volontairement du modèle hôtelier. Chaque club emploie environ 30 personnes : coachs, réceptionnistes, agents d’entretien ou praticiennes spa.

« Nos réceptionnistes ne sont pas des commerciaux. On leur demande une approche proche de l’hôtellerie », insiste Franck Aymonin. Les clubs proposent également des soins esthétiques avec des marques comme Biologique Recherche ou Natura Bissé.

Un restaurant healthy complète l’offre, ouvert de 9 heures à 18 heures. Les adhérents peuvent y trouver des plats vegan ou riches en protéines. D’autres services renforcent le positionnement premium, comme des casiers privés avec blanchisserie pour 49 euros par mois.

Iconic, le deuxième acte

Fort du succès de Cap3000, Metropolitan ouvre un second club à Nice en février 2025 : Iconic. Situé au bout de l’avenue Jean-Médecin, dans un quartier en pleine transformation, le bâtiment accueille également un hôtel Hilton et plusieurs restaurants.

« Ce projet participe à la transformation du quartier. Les Niçois aiment cette partie de la ville qui se modernise », estime Franck Aymonin. Le club compte aujourd’hui environ 1 650 membres et vise les 2 000. Cap3000 en revendique déjà 2 600, avec une liste d’attente. L’inscription n’y est désormais possible que par parrainage.

Les deux sites se distinguent par leur architecture. Cap3000, avec ses 3 500 mètres carrés et sa vue sur la Méditerranée, offre des espaces très ouverts et un spa particulièrement spectaculaire. Iconic, plus urbain, développe davantage de studios spécialisés : Pilates reformer, salle zen, espace HIIT ou zone Hyrox.

Au fil des années, Franck Aymonin observe une transformation du public. « On voit une féminisation très forte de la force. Des femmes de 50 ans font aujourd’hui du soulevé de terre ou du hip thrust. Cela n’existait pas il y a six ans. »

Le club dispose ainsi de douze barres olympiques et d’haltères pouvant atteindre 44 kilos. Mais la culture reste très différente de celle des salles hardcore. « Nous avons des militaires ou des athlètes très performants, mais nous ne mettons pas cela en avant. Nous voulons rester dans une approche bien-être. »

Le troisième lieu

Metropolitan revendique enfin une fonction sociale. Les clubs intègrent des espaces de coworking ouverts à tous les adhérents. « Beaucoup viennent travailler quelques heures avant ou après leur séance », explique le manager.

Le club devient ainsi un « troisième lieu » entre la maison et le bureau. Certains membres ne s’entraînent que le week-end mais utilisent le coworking toute la semaine. Avec deux clubs et environ huit millions d’euros de chiffre d’affaires en France, Metropolitan prépare déjà la suite. Une ouverture est prévue à Sophia-Antipolis à l’horizon 2028. Le groupe étudie aussi des opportunités à Lyon, Bordeaux, Aix-Marseille ou Paris.

« Paris est un marché immense. Il y a encore de la place pour le premium », estime Franck Aymonin, qui connaît bien la capitale pour avoir travaillé au Ken Club. Selon lui, chaque quartier de la capitale pourrait en absorber un nouveau.

Le groupe regarde également vers Andorre ou le Portugal. Mais la stratégie reste prudente. « Nous ne voulons pas être simplement une salle de sport. Nous voulons devenir un club de bien-être à 360 degrés. »

Vingt ans après l’apparition des premières officines premium à Paris (L’Usine…), Metropolitan montre que le marché est désormais prêt à absorber d’autres modèles exigeants, cette fois, en province. Aussi et surtout, la France montre qu’elle est capable d’attirer des investissements étrangers y compris dans le fitness. Et que l’argent ne vient pas uniquement d’un célèbre fonds hollandais…

Chiffres clés

  • Année de création de Metropolitan : 1989
  • Clubs : 23 (21 en Espagne, 2 en France)
  • Collaborateurs : environ 1 400
  • Chiffre d’affaires du groupe : 100 millions d’euros en 2025
  • Cap3000 : 3 500 m², 2 600 membres
  • Iconic : 2 400 m², 1 650 membres
  • 169 € par mois
  • 219 € par mois pour accès aux deux clubs
  • Effectif par club : environ 30 salariés
  • Cours collectifs : 130 par semaine
  • Chiffre d’affaires France : environ 8 millions d’euros