ACTIVE-FNEAPL : L’action syndicale dans la durée

ACTIVE-FNEAPL : L’action syndicale dans la durée

Après ces longs mois de gestion de crise et de négociation avec les différents ministères, nous avons demandé à Thierry Doll, président d’Active-FNEAPL de faire le point sur la situation actuelle au moment de la réouverture des clubs de fitness.

Enfin la réouverture des clubs est effective. Dans quel état d’esprit se trouvent vos adhérents, la profession ?

Les chefs d’entreprise sont fatigués, anxieux, mais résilients.
La profession est sonnée, onze mois consécutifs d’inactivité, du jamais vu, du jamais imaginé. Nul ne peut douter aujourd’hui que toutes les projections qui seront réalisées prendront en considération la part de la Covid-19 dans les risques possibles. Nous rentrons dans un monde d’après.
Je reste certain que les chefs d’entreprise sauront non seulement s’adapter, mais également se réinventer.
Nos adhérents, comme l’ensemble de la profession, sont exténués après une longue période de doutes, d’incertitudes, mais aussi las des négociations ininterrompues depuis le début de la crise avec les banques, créanciers, bailleurs, assureurs. Sans oublier bien entendu une attention toute particulière à donner à leurs adhérents en gardant un lien indispensable pour une reprise longue à se dessiner.
Ils sont également anxieux face à une reprise incertaine qui se situe comme l’année dernière au pire moment de l’année. La question persiste en eux : est-ce un nouveau départ ou serons-nous dans l’obligation de refermer en octobre ? Malgré tout, la force d’un chef d’entreprise reste son adaptation et sa résilience. Le besoin de travailler et d’entreprendre l’emporte sur toutes les autres considérations, tout le secteur a besoin de renouer avec l’activité, cela va du coach sportif indépendant, au dirigeant de centre de remise en forme, au fabricant de matériel en passant par les commerciaux.

Comment ont réagi les managers de clubs à une réouverture le 9 juin compte tenu de la
saisonnalité de notre activité ?

Après huit mois de fermeture, le retour en activités est un plaisir non dissimulé pour les managers de clubs. Cette satisfaction de reprendre le travail est tout de même accompagnée d’inquiétudes très fortes.
Si nous pouvons penser que les pratiquants réguliers vont reprendre le chemin de leurs salles, les conditions sanitaires, la saison dite creuse, un autre mode de consommation sont autant d’éléments d’inquiétude pour une reprise sereine. Beaucoup nous disent « c’est comme si nous ouvrions pour
la première fois notre entreprise, à cela près que les dettes sont déjà là… ».

Y avait-il une autre option ?

Comment répondre à cette question sans avoir une argumentation contraire ? Nous avons différents modèles économiques, différents cas de figure, différentes situations des gérants et des entreprises.
Oui, il y avait 4 500 autres possibilités. Une date a été arrêtée : nous nous en félicitons, cela a donné une perspective au secteur.

Quelles négociations menez-vous auprès du ministère de l’Économie pour le soutien économique des clubs après le 9 juin ?

Dès le mois de janvier, nous avions déjà anticipé ce moment.
Notre plan d’accompagnement élaboré avec différents acteurs économiques (Indépendants, réseaux…) était quasiment prêt et nous l’avons adapté à la situation dès les annonces du président de la République. J’ai été un des rares à penser que la fin de l’urgence sanitaire (le 1er juin) allait sonner la fin des aides. Je ne fus pas trop surpris lorsque le ministre Alain Griset a annoncé la dégressivité des aides dès le mois de juin. Un travail de collaboration avec les autres organisations patronales a rapidement vu l’élaboration d’une note économique pour argumenter sur le besoin impérieux du continuum des dispositifs en vigueur en mai.
Cette note comporte 3 points d’urgence (court terme) :
1. prolonger les dispositions du Fonds de Soutien telles que mises en place par le décret no 2021-553 du 5 mai 2021 jusqu’à fin septembre 2021 ;
2. prolonger le dispositif du décret du 24 mars 2021 d’aides au coût fixes, dans les mêmes conditions, jusqu’à fin septembre 2021 ;
3. prolonger les systèmes de protection des entreprises et des dirigeants.
Elle développe également des pistes de réflexion à moyen et long termes. Un calendrier est également demandé pour une série de rencontres jusqu’à fin août.

Pensez-vous que l’exécutif, ces derniers temps, a bien pris la mesure des particularités de notre modèle économique ?

Je ne leur ferai pas l’affront de répondre par la négative. Je rappelle que tous secteurs confondus la France est le pays d’Europe ayant le plus, et certainement le mieux, aidé les entreprises et leurs salariés. Les derniers dispositifs mis en place au début de cette année ont répondu aux besoins spécifiques du secteur. L’accompagnement économique à la reprise des salles de sport doit se différencier des autres secteurs tout comme le sera l’événementiel.

Quand le secteur des salles de remise en forme reviendra-t-il à la situation post-Covid ?

Ce n’est pas moi qui le dis, mais l’ensemble des experts du secteur et économistes consultés : dans 18 à 24 mois. De plus, la saisonnalité est inversée, nous ouvrons au plus mauvais moment.
J’entends par « inversé » : les mois de juin à août sont des mois très creux, les ventes sont au plus bas a contrario des mois de septembre/octobre et de janvier/février. L’effet ciseau entre d’une part une reprise en saison creuse et un retour des charges à 100 % risque de faire des dégâts si l’accompagnement économique n’est pas présent.
Les aides apportées durant les onze mois de fermeture risquent d’être perdues. Il faut donc continuer à faire preuve de pédagogie auprès des services du ministre Alain Griset pour convaincre.

Comment un club peut-il faire face au trou de trésorerie énorme qu’a engendré la nonvente d’abonnements, aux prolongations des abonnements des adhérents à servir et au remboursement des PGE ?

Certaines entreprises ont pu emprunter jusqu’à 25 % de leur chiffre d’affaires. Il est prévu aujourd’hui d’étaler sur cinq ans les remboursements. Pour rembourser une dette de 25% du CA sur cinq ans, il faut faire 5% de résultat affecté au remboursement de la dette. Toutes les TPE-PME ne font déjà pas 5 % de résultat quand tout va bien ; la capacité de remboursement n’est donc pas certaine.
Mais admettons que le secteur atteigne les 5 %, la totalité des résultats sera allouée au remboursement du PGE, il n’y aura donc plus d’investissement et donc nous assisterons à un ralentissement de l’économie.
Il faut donc transformer en dette de haut de bilan, avec un remboursement étalé sur plus de cinq ans, cela en fonction du besoin des entreprises. En même temps, il faut que celles qui seront dans la difficulté et qui seront dans l’obligation de s’adresser au tribunal de commerce puissent utiliser des outils : transformation en participation, diminution (plutôt qu’annulation) partielle, étalement plus long…

Quelles marges de manœuvre avons-nous avec les recours des bailleurs à la réouverture ?

Sujet au combien prégnant pour certaines entreprises ou certains groupes. Dans la note économique que nous avons proposée à l’exécutif, ce sujet est évoqué.
En effet, il faut d’urgence proroger de six mois le moratoire introduit par l’article 14 de la loi 2020-1 379 du 14 novembre 2020 qui prévoit le gel des procédures et mises en garantie des cautions pour non-paiement des loyers et charges pour les établissements administrativement fermés.
Conjointement, il faut réactiver le dispositif issu de l’ordonnance 2020-341 mise à jour par l’ordonnance 2020-596 du 20 mai 2020 permettant aux dirigeants de dégager leur responsabilité pour retarder les déclarations de cessation des paiements au-delà de 45 jours, pendant toute la période de ce moratoire.
Ce sont deux éléments essentiels à la mise en sécurité juridique et la sauvegarde personnelle des chefs d’entreprise.

Y a-t-il un espoir de voir un abandon de tout ou partie des PGE ?

La conscience collective, dont une grande majorité de chefs d’entreprise, a conscience qu’un prêt doit être remboursé. Mais il faut souligner qu’un pourcentage de dirigeants qui ont pris le PGE comme un outil de survie instantanée. Ce prêt a été consommé pour pouvoir continuer leur activité et pour pouvoir continuer à rémunérer les salariés ; ces dirigeants n’auront pas la capacité de remboursement si les conditions de remboursements ne sont pas aménagées.
Si nous sommes évidemment vigilants au maintien de l’emploi, à la solidarité, nous le sommes également à l’équité entre entreprises. Nous ne pouvons pas ignorer la distorsion de concurrence que provoquerait l’annulation de la dette pour une partie des entreprises. Quels seraient alors les critères d’annulation ? Où sera mis le curseur de la difficulté de l’entreprise ? Il y aurait potentiellement création d’injustices.
Il me semble plus équitable de parler de conditions de remboursement et de l’impact de la dette Covid sur les bilans, mais également de la cotation Banque de France.

Jusqu’à quand, raisonnablement, pouvons-nous espérer un soutien économique ?

Je ne ferai pas de langue de bois. Nous travaillons sur un schéma d’aides à horizon de fin septembre avec une clause de revoyure pour fin août. Mon objectif à court terme serait de viser fin décembre.

Qu’en est-il des autres points du plan de relance comme le chèque-cadeau pour les prospects et le
plan de communication national ?

Le chèque-cadeau, nous allons y travailler, mais une fois que le plan d’accompagnement sera bordé jusqu’à fin septembre.
Le plan de communication national reçoit un accueil plutôt favorable de la part des différents interlocuteurs. L’avenir nous le dira.
Mais l’ouverture d’une salle de sport conjointement par les trois ministres Éducation nationale, Santé et Solidarité, Sports, que nous portons depuis janvier a fait son chemin.
Cela devrait se faire.
De même, j’invite les managers de clubs à contacter la représentation nationale que sont les élus locaux, à solliciter leurs sénateurs, députés, présidents d’agglo, et maires pour relayer dans les territoires le message de confiance envers les salles de sport.

Thierry Doll, un mot de la fin ?
Oui, cela me donne l’occasion de remercier l’ensemble des administrateurs et permanents du syndicat pour leur totale implication à mes côtés durant cette crise. Ma gratitude se porte également vers nos partenaires pour le soutien qu’ils nous ont porté ces derniers mois.
Nous avons, semble-t-il, démontré l’importance et l’utilité de votre syndicat. Votre organisation, présidée par un chef d’entreprise, a sans relâche durant ses 18 mois, informé ses adhérents au plus près et au plus juste de l’information, débattu sur l’ensemble des sujets vous concernant (les protocoles sanitaires en sont un exemple concret), porté vos attentes.
Notre travail ne se résume pas uniquement à gérer une crise, aussi longue soit-elle. Il va continuer en vous représentant au sein du dialogue social de notre branche du sport.
Nous donnons rendez-vous à nos adhérents pour notre congrès le 30 septembre 2021, et à l’ensemble de la profession très prochainement pour le rendu de l’Étude Fitness première du genre.

Interview par Pierre-Jacques Datcharry.

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