Armony le dernier des fabricants

Armony le dernier des fabricants

Dans le paysage français des fabricants du matériel de musculation, il est le dernier. Ou presque. Seules deux sociétés situées dans l’hexagone persistent à lui faire une ombre légère, alors qu’elles étaient encore une bonne quinzaine il y a vingt ans en arrière. La faute aux gros géants industriels que sont des noms comme Matrix à Taïwan, Technogym en Italie ou encore Life Fitness aux États-Unis, qui fabriquent à la chaîne et à moindre coût. À 52 ans, Yves Minguet fait toujours de la résistance. Armony, la société qu’il a créée en 1993, après avoir repris sous son aile Multiform’, la structure qu’il a rachetée en 1989, dédiée à la fabrication de matériel de musculation professionnel, est toujours là, debout, vivante. Et se porte même plutôt bien : 45 employés y oeuvrent quotidiennement pour un chiffre d’affaires de quelque 6,5 millions d’euros, dont un quart provient de l’export dans des pays tels que la Russie, l’Allemagne, l’Angleterre ou encore l’Espagne. Son secret ? Avoir fait de la qualité et de l’originalité ses maîtres mots et de la diversité son atout. « Nous sommes parvenus à traverser la crise grâce à la fabrication de matériel innovant et très esthétique tout en parvenant à maintenir nos coûts avec la robotisation », confie Yves Minguet. Chez Armony, tout est en effet automatisé, de la production avec des robots de soudure,
aux cabines de peinture. De quoi permettre de concevoir notamment ces fameuses machines à poids différenciés (gamme Next concentrique-excentrique) permettant une progression technique pour le sportif de plus de 30 % par rapport à des machines traditionnelles, et qu’elle est seule à fabriquer, brevets mondiaux à l’appui. Mais sa véritable force réside certainement dans le repositionnement qu’elle a su opérer ses dernières années: la  diversification.

En 1999, la PME rachète en effet la société Génin, spécialisée dans la fabrication de tables de massages et de matériel de rééducation. Deux ans plus tard, elle accroche une nouvelle corde à son arc en créant Multiwell, basée  sur l’amincissement et l’esthétique (appareils d’électrostimulation, presso et dépressothérapie…). Pour en 2011, se doter d’une quatrième structure, la SPOMC, qui distribue du matériel destiné au milieu hospitalier. Un  éventail de secteurs destinés à brasser un public plus large, allant des salles de fitness aux hôtels de luxe, des corps de police et de pompiers aux chaînes hôtelières pour ne citer que ceux-là. Mais Yves Minguet le reconnaît : sa réussite, il l’a doit aussi à ces Français qui perçoivent l’importance d’acheter du « made in France » fait par des Français, avec tout ce que cela implique. « Il persiste heureusement une clientèle sensible au fait de ne pas acheter toujours le moins cher, mais qui privilégie la qualité, la sécurité des appareils, ce que ne font pas les fabricants américains, et qui pensent également à préserver l’environnement. Nous sommes, il est vrai, 10 à 15 % plus chers que les pays d’Asie. Mais se tenir à une politique sociale et environnementale, ça à un coût. » Et si Yves Minguet ne boude pas sa fierté lorsqu’il évoque les différentes étapes de sa réussite, il ne cache pas non plus sa véritable crainte : contre toute attente, celle-ci ne porte pas le nom des grands géants industriels ancrés dans le secteur, mais bien celui du coût du travail en France : « Ce n’est pas pour rien que nous sommes l’un des derniers fabricants aujourd’hui. Il faudrait absolument que les politiques revoient la législation en la matière pour nous permettre de continuer à travailler. » L’appel est lancé.