Culture sport ou bouillon de culture ?

Culture sport ou bouillon de culture ?

Chacun sait que du nord au sud de l’Europe, la notion d’hygiène subit d’impressionnantes variables. En France, il a fallu nombre d’alertes sur les affections nosocomiales pour se convaincre de mettre à disposition du public des distributeurs de PHA (Produits Hydro-Alcooliques) dans les hôpitaux.

Les messages répétés des pouvoirs publics concernant les transmissions virales n’ont toujours pas convaincu la majorité de nos concitoyens de réformer leurs comportements (lavage répété des mains, etc.). On peut certes attribuer une grande part de nos pratiques fautives à l’ignorance de faits, pourtant bien connus. Mais c’est plus encore toute une logique culturelle qui mériterait une vraie remise à plat. En l’occurrence, les salles de sport sont l’un des espaces publics où, en matière de salubrité, l’inconséquence, la déraison ou l’irresponsabilité semblent le plus jouer à « qui sera le pire ».

Science ou simple bon sens ?

Un niveau d’hygiène ne se dévoile pas qu’au microscope. C’est d’abord une affaire macroscopique, dont le principal critère est la circulation des individus dans votre club. J’ai souvent parlé de la règle « des 4 pieds ». Je la martèle une nouvelle fois ici : pieds sales (arrivée depuis l’extérieur), pieds secs (espaces d’activités) pieds humides (sanitaires), pieds propres (rhabillage) devraient ne jamais se croiser. Cela ne fera pas de votre club une salle blanche pour autant, mais une circulation intelligente de vos membres, qui relève plus du bon sens que de la science, c’est bien le moins auquel s’obliger.

Mettez-vous les mains sur le siège des toilettes ?

Non ? Et vous avez bien raison ! Mais savez-vous qu’en vous saisissant d’un poids libre vous entrez en contact avec 362 fois plus de germes que sur un siège de toilettes ? Savez-vous que sur un vélo de biking se nichent (c’est bien le mot) 39 fois plus de bactéries que sur un plateau de cafétéria ? Savez-vous encore qu’un tapis de course « accueille » 72 fois plus de bactéries qu’un robinet de vos sanitaires ? Chacun est convaincu que serviettes humides et chaussettes fumantes doivent effectuer quelques loopings au lave-linge avant la prochaine séance. Mais quand donc les sacs de sport sont-ils nettoyés intérieur/extérieur ? Au-delà de l’aspect spectaculaire de ces chiffres, doit-on les considérer comme une fatalité et s’y résigner ?

Nettoyage de l’âme et du corps par le yoga. Et les tapis ?

En réponse à la vague « ego trip », le yoga est devenu un incontournable de l’offre « sport-bien-être ». Si, autrefois en Inde, le yoga était exclusivement réservé aux hommes, force est de constater l’écrasante présence des femmes dans les salles dédiées. Ces dernières, particulièrement sensibles à l’hygiène corporelle et environnementale, sont pour l’instant encore peu informées que leur tapis de yoga entre en totale contradiction avec leur pratique de santé. Véritables nids à microbes et bactéries, les tapis de sol, qu’ils soient destinés à la pratique du yoga ou à n’importe quelle autre activité, sont de véritables incubateurs de maladies de peau. Si ça n’est déjà fait, pourquoi ne prendriez-vous pas les devants en développant une charte de recommandations auprès de vos membres sur ces sujets de plus en plus sensibles ? Vous avez tout à gagner à montrer la cohérence et l’éthique de votre offre.

À quand remonte votre dernière enquête de satisfaction ?

« Mes membres ne se plaignent pas, donc ça va », pensez-vous. Si vos insights consommateurs se résument à accueillir d’éventuelles doléances au comptoir d’accueil, vous risquez fort de ne jamais comprendre la valeur de votre taux de réinscription. Outre le fait que les clients ont désormais assez peu de temps à vous consacrer (mais ne se priveront pas sur les réseaux), demandez-vous si vous savez les solliciter de façon qualitative. Je vous suggère en tout cas de ne pas confondre propreté et hygiène, bien qu’ils soient intimement liés. Il est relativement facile et à peu de frais de créer une sensation de propreté. S’obliger à une hygiène irréprochable, ce n’est pas seulement une affaire de santé, c’est concevoir un formidable (et inédit) levier de fidélisation si vous communiquez les détails de vos actions à votre clientèle. Mais pour les informer et les convaincre, encore faut-il que les managers le soient eux-mêmes !

J’ai compris, mais comment agir ?

Je ne doute pas que vous soyez déjà conscient que la bonne tenue de votre club est un devoir envers votre établissement autant qu’un plus produit pour vos membres. Mais vous pouvez certainement aller plus loin. En associant propreté, hygiène et écologie, vous apportez à vos membres une réponse responsable à des questions auxquelles ils sont eux-mêmes de plus en plus sensibles. Pour ce faire, vous devez distinguer ce qui relève de votre action de manager et ce qui relève du comportement de vos membres. Mais c’est à vous, de toute façon, qu’il revient de mettre à disposition de vos membres les produits qui assurent la préservation de leur santé, tout en les éduquant à de nouveaux comportements.

Quels produits pour quelles zones ?

Les zones qui ne dépendent que de vous concernent le mobilier : poignées de porte des toilettes, poignées des armoires, intérieur des casiers. Mais en mettant à disposition de vos membres un distributeur de lingettes dans chaque zone sensible, vous ne leur permettez pas seulement de préserver leur santé et leur confort d’utilisation ; ce sont eux qui assureront aussi, au fil des nettoyages, la longévité de vos machines ! Chaque partie d’un matériel qui permet son réglage doit pouvoir être nettoyée par le membre avant usage, idem pour les poignées et la selle des ergomètres, les barres de maintien des tapis de course, les poignées d’extenseurs ou encore les poids libres (les poignées striées des haltères en aluminium sont de véritables collecteurs de bactéries !). Les tapis de sol, particulièrement poreux (aérés pour assurer leur confort) exigent l’utilisation de sprays désinfectants après chaque cours, tout comme les gants de boxe ou les chaussures de biking en location. Songez aussi combien tous vos revêtements d’assises en skaï (bancs de musculation et autres) peuvent gagner en longévité s’ils sont régulièrement débarrassés des liquides dégradés (sueur) dont l’acidité est le pire ennemi…

Tous les produits ne se valent pas

Toutefois, en pratique, je ne saurais trop vous conseiller de prendre garde aux produits présents sur le marché. Désinfecter, ça n’est pas décaper… Refusez les distributeurs de lingettes à base d’alcool ou d’eau de Javel. un distributeur de lingettes conçu en plastique, surtout à surface granuleuse, sera un vrai nid à saletés ; privilégiez l’inox qui se contente d’un bref essuyage en surface. Les rouleaux de lingettes quant à eux doivent être considérés sous deux aspects : leur texture et le produit dont ils sont imprégnés. Certaines lingettes, constituées de matières hybrides plastiques ne brillent guère par leur capacité de recyclage. Lingettes oui, mais bio autant que possible. Privilégiez des lingettes de grande dimension pour qu’une seule suffise à l’usager pour préparer son environnement, ce qui fait gagner sur les deux tableaux : le membre pour l’économie de geste, et vous pour l’économie financière. Par ailleurs, le seul poids du rouleau, qui définit la densité d’imprégnation de chaque lingette, est en lui-même significatif de son niveau d’efficacité : un rouleau d’un millier de lingettes doit au minimum peser 5 kg pour prétendre remplir sa fonction. Garder à l’esprit que la différence est grande entre un produit à bas prix qui donne une vague impression de propreté et un vrai produit d’hygiène polyvalent capable de répondre aux nécessités de désinfection aussi bien en milieu hospitalier ou alimentaire, qu’en espace sportif.

L’hygiène : dépense ou investissement ?

Il est tentant, pour un manager soucieux de ses finances, de se satisfaire d’une « sensation de propreté ». Mais, vous le savez, les temps changent, vos membres sont de plus en plus informés et les concepts de préservation de la planète, de comportements écoresponsables prennent une place grandissante dans nos sociétés. Ce que certains considèrent encore comme une dépense à laquelle échapper, d’autres y voient un investissement dont la rentabilité est inversement proportionnelle aux coûts engendrés (si un distributeur de lingettes est de nature à vous mettre financièrement en danger, le temps n’est déjà plus à s’occuper d’hygiène !). vous avez tout à gagner à montrer le chemin à vos membres. En outre, vous pouvez compter sur un effet qui booste même les plus récalcitrants : le mimétisme et l’estime de soi. un membre sera toujours encouragé à tirer une ou deux lingettes du distributeur lorsque vient son tour, autant pour imiter son prédécesseur… que pour montrer alentour qu’il a « du savoir-vivre ».


Alain Eidel