De quelle planète viennent vos membres… Vénus ou Mars ?

De quelle planète viennent vos membres… Vénus ou Mars ?

J’ai souvent observé, lors de mes interventions d’audit, que de très nombreux clubs de fitness sont à l’image de leurs propriétaires. C’est-à-dire conçus selon leurs goûts propres et l’idée qu’ils se font des besoins de leur clientèle. Quand on sait que la proportion de fréquentation des clubs est de plus de 60 % de femmes et que 90 % des clubs sont conçus par des hommes, on peut légitimement s’interroger sur le bien-fondé de certains choix.

Dans la typologie des exploitants de salle, ceux qui disposent d’une solide formation les rendant aptes à considérer les aspects sociologiques et comportementaux de leur clientèle sont évidemment peu nombreux. La pratique sportive étant la principale filière pouvant mener à ce type d’entrepreneuriat, il est fatal que, dans la plupart des salles de fitness, l’accent soit mis essentiellement sur les fonctions sportives.
Les questions sanitaires, le rapport au bien-être et les exigences féminines, les ambiances auxquelles ces dernières sont plutôt sensibles, sont en revanche souvent ignorés.

Il est des domaines où, reconnaissons-le, l’activité fitness tarde à parvenir à maturité. Dans une perspective de progrès et d’innovation, j’exhorte les exploitants à considérer les aspects suivants :

Tout d’abord, le monde du fitness est une réponse à un besoin croissant d’accès à la santé, au bien-être et à la beauté, d’une part importante de la population. En ces domaines, les femmes sont plus que les hommes en première ligne. Votre club doit tenir compte de cette réalité et apporter une réponse sensorielle puissante à vos membres dès leurs premiers pas dans l’établissement.

Sans pour autant verser dans une outrancière féminisation qui pourrait vous aliéner la clientèle masculine, vous devez considérer que les couleurs, les éclairages, les éléments de décor doivent être évalués en termes de zoning. La cohérence d’image ne se résout pas par l’uniformité. Adaptez ces éléments selon que les zones sont dédiées aux femmes ou aux hommes. C’est une excellente façon de prouver au membre qu’une attention toute particulière est portée à sa spécificité de genre, donc qu’il est compris et considéré.

Peut-être vous interrogez-vous parfois sur l’usage que font vos membres des douches. Gardez-vous des conclusions hâtives ! Si, malgré une fréquentation féminine majoritaire, vous constatez une sous-fréquentation des douches, ne concluez rien sur l’hygiène de vos semblables. La crainte de se mouiller les cheveux suffit pour qu’une femme opte plutôt pour une douche à la maison. Vos sanitaires sont-ils adaptés à cette logique ? Vos vestiaires comptent-ils suffisamment de miroirs, de sèche-cheveux ?

Un club de fitness est un espace collectif où se côtoient des hommes et des femmes qui partagent des valeurs et des centres d’intérêt communs. Le rapport au corps, à sa mise en valeur dans ce contexte de mixité, pourrait laisser croire à une absence de pudeur. Mais cette dernière ne trouve pas toujours son expression là où l’on croit. Les hommes sont réputés plus pudiques que les femmes, notamment entre eux. De très nombreux clubs éludent cette question et agencent leur zone sanitaire « homme » sans penser à y mettre au moins une cabine pour les plus prudes d’entre eux.

Il est frappant de constater combien toutes ces considérations, qui sont une évidence depuis toujours dans l’hôtellerie, toutes catégories confondues, semblent loin des préoccupations des exploitants d’aujourd’hui.

Les femmes, nous dit-on, s’intéressent peu à la musculation. Cette activité, il est vrai, porte le poids (c’est le cas de le dire) d’une image « masculinisante » qui s’oppose à la recherche de finesse et de tonicité des femmes. Il faut convenir que la vue de ces machines en mouvement et de la puissance affichée par leurs congénères masculins peut forcer l’admiration de certaines d’entre elles, ou faire fuir les autres. Quelques fabricants, peu nombreux, ont conçu des matériels adaptés à la morphologie féminine. Pourquoi ne pas envisager des programmes et un espace adaptés qui pourraient vous différencier de vos concurrents ?

Je vous invite à vous interroger sur ces questions, rapportées au fait que près de la moitié des abonnements annuels ne sont pas renouvelés. Ces facteurs ne sont évidemment pas seuls en cause. Mais si l’on part du principe qu’il est plus simple de conserver un membre que d’en trouver un nouveau, une part du travail de prospection commerciale (lorsqu’il a lieu) pourrait avantageusement être déplacé vers l’amélioration du club et de tout ce qui peut concourir à booster son taux de renouvellement.