Yann Esteso et Franck Palizzotto sont les élus
qui porteront les nouvelles ambitions de la mythique enseigne de la côte ouest des États-Unis. Désormais aux mains de l’allemand RSG, Gold’s Gym entame son retour avec la France en pole position. Mieux : l’équipe étudie l’extension du concept chez l’Oncle Sam !
C’est l’histoire d’un duo d’entrepreneurs français… béni des dieux de l’Olympe. Le 14 avril 2024, la légendaire enseigne de fitness américaine Gold’s Gym a officiel- lement fait son entrée en France avec l’ouverture de son premier club à Thiais (94), suivi le 6 juin par un second à Val d’Europe (77). Ce déploiement (très ambitieux) marque une étape majeure pour l’enseigne américaine de légende, rachetée en 2020 par le groupe allemand RSG (propriétaire de McFit et de John Reed), qui fait de la France l’un de ses marchés prioritaires en Europe. À la manœuvre : deux entrepreneurs français donc, Yann Esteso et Franck Palizzotto, ancien sportif de haut niveau en judo, désormais masters franchisés exclusifs du territoire. Interrogé sur l’ampleur de la tâche et leur position unique, voire historique, le duo reste extrêmement focalisé et concentré. « On se retournera plus tard… »
Yann Esteso, ancien sprinter de haut niveau, 14 fois champion de France, titré Mister Univers en 2015, est un acteur reconnu du monde du fitness passé notamment par On Air. Franck Palizzotto, quant à lui, vient du monde de la grande distribution, passé par Lidl et Carrefour avant de se reconvertir dans l’immobilier commercial. Le virage Gold’s Gym s’est présenté presque par hasard : Yann Esteso cherchait à louer un local à Boulogne, et sans le savoir, « chez RSG, ils parlaient de moi la veille », raconte-t-il. « Je pensais qu’ils allaient me proposer d’ouvrir un John Reed, ou alors un McFit, j’oubliais qu’ils avaient racheté Gold’s Gym pendant la Covid ! J’en parle avec Franck, avec qui on voulait faire On Air… » La première rencontre se fait vite, et donne lieu à une série d’échanges, puis à un audit approfondi de dix mois, au terme duquel le contrat de master franchise est signé, le 27 octobre 2023. Affaire conclue !
« Chaque salle est pensée comme un centre de « serious training », avec une exigence architecturale et fonctionnelle, tout en restant dans un modèle « high value low cost ». »
GOLD’S GYM VERSION 2.0
Le projet français, soutenu étroitement par RSG, bénéficie d’un cadre inédit : contrairement aux anciens modèles hérités avant le rachat, celui-ci est la premièrefranchise « version 2.0 » conçue avec la maison-mère. Yann Esteso et Franck Palizzotto ont structuré une entité solide, avec un siège, une équipe dédiée d’une dizaine de personnes, et des contrats-cadres négociés à l’échelle européenne avec les meilleurs fournisseurs. Le parc d’équipements des clubs est ainsi signé Gym80 (une référence, dont RSG est actionnaire), Life Fitness, Technogym, Concept2 ou encore Woodway. Chaque salle est pensée comme un centre de « serious training», avec une exigence architecturale et fonctionnelle, tout en restant dans un modèle « high value low cost ».
Le club de Thiais (centre commercial Belle Épine), racheté par les franchisés, s’étend sur 3500m2, avec terrasse extérieure, zone cross training IROCKS, cage d’initiation, espace femmes, salle de fight et de functional training, hydromassage, body scan 3D et, bien sûr, un gros plateau de muscu. Val d’Europe, en location, reprend ce schéma avec plus de 350 machines de musculation, une soixantaine de postes cardio. « On observe que les parcs de cardio se réduisent et que la partie musculation s’agrandit, et les cours collectifs s’éteignent», relève le manager. Ouverts 24 heures/24, les Gold’s Gym visent un public large (18-45 ans) et revendiquent un positionnement « premium accessible » à 7,99 à 10,99 euros par semaine, soit 33 euros par mois, avec une communication hebdomadaire àl’anglo-saxonne. « Depuis des années, je dis que le fitness doit parler en semaine. C’est comme ça au Royaume-Uni ou aux États-Unis. »
Côté business, 15 millions d’euros ont déjà été investis, avec un coût moyen de 1 300 euros le mètre carré tout compris. Les deux clubs visent chacun entre 8 000et 10 000 d’adhérents à terme. Belle Épine a dépassé les 3 000 membres dès les premières semaines, sans préventes, uniquement sur l’attractivité du produit. Val d’Europe a atteint son besoin en fonds de roulement en 1,5 mois, contre 3 mois à Thiais ; des performances « très largement au-dessus des business plans présentés aux banques ».
SALLE DE POSING
Le modèle inclut un bar, un shop, du coaching (via partenaires), et des programmes conçus par des coachs de renom, comme Juliana Mota ou Théo Leguerrier, tous disponibles dans une application propriétaire. Les clubs intègrent également une salle de posing (!), clin d’œil bienvenu à l’héritage culturiste de Gold’s Gym. «Une F1 peut rouler à 300, mais aussi à 50 dans les stands. Nous sommes là pour tous», veut rassurer Yann Esteso, qui insiste sur le sérieux du matériel, la place croissante de la musculation dans le marché, et la capacité à accueillir une clientèle mixte sport-santé.
Si le positionnement se veut le plus large possible, car le marché du fitness évolue désormais loin de l’époque d’Arnold, la marque mythique ne peut être éclipsée. Elle fait tout : rien que la vue du logo doré, inchangé, convoque tout un univers et donne envie de se dépasser. Sur place, telle l’épée du roi Arthur, deux haltères dorés de 150 kilos posés en maesté viennent défier le futur champion. Qui sera l’élu de l’Olympe ?
L’AURA D’ARNOLD
L’histoire de Gold’s Gym débute en 1965 à Venice Beach, en Californie, haut lieu de la culture physique américaine. Son fondateur, Joe Gold, un ancien culturiste et soudeur de formation, ouvre cette salle avec du matériel qu’il fabrique lui-même, à une époque où les salles de musculation sont rares, rudimentaires et encore mal considérées. Son ambition : créer un lieu communautaire où les passionnés de bodybuilding peuvent s’entraîner sérieusement, dans un environnement décontracté, mais exigeant.
Le premier Gold’s Gym est une structure modeste, installée dans un entrepôt sans prétention au 1006 Pacific Avenue. Ce qui lui donne très vite une aura mythique, c’est la présence de figures emblématiques de la discipline. Arnold Schwarzenegger, tout juste arrivé d’Autriche, s’y entraîne dès la fin des années 1960. Il y croise Franco Columbu, Dave Draper, Lou Ferrigno (qui incarnera Hulk au cinéma) ou Frank Zane. Gold’s Gym devient le cœur battant du mouvement « Golden Era» du bodybuilding. Les entraînements spectaculaires de ces colosses, combinés à l’atmosphère particulière de Venice Beach, donnent naissance à une véritable scène, immortalisée par le documentaire Pumping Iron en 1977, dans lequel Schwarzenegger joue un rôle central. Ce film contribue massivement à la notoriété mondiale de Gold’s Gym.
En 1970, Joe Gold vend sa salle pour 50 000 dollars afin de se lancer dans une nouvelle aventure (World Gym), mais l’esprit de Gold’s continue de prospérer. Les nouveaux propriétaires, d’abord Bud Danits, puis Ken Sprague, comprennent l’intérêt médiatique de cette salle atypique et misent sur son image, largement mise en avant dans le film sur Arnold. Dans les années 1980, Gold’s Gym devient une marque à part entière. Elle élargit sa clientèle au-delà des bodybuilders pourattirer des amateurs de fitness plus généraux, sur fond de boom du marché du bien-être aux États-Unis.
LE TOURNANT ALLEMAND RSG
La franchise Gold’s Gym est lancée en 1980. En quelques années, l’enseigne s’exporte à l’international et devient un symbole du fitness américain. Le logo emblématique (un culturiste soulevant une barre) devient un signe de reconnaissance universel. Au fil des décennies, la marque se développe sur plusieurs continents, ouvrant plus de 700 clubs dans 30 pays : Allemagne, Inde, Japon, Égypte…
Mais la trajectoire n’est pas sans heurts. Gold’s Gym change plusieurs fois de mains. Rachetée par TRT Holdings en 2004, la chaîne connaît une expansion rapide, mais peine à main- tenir une cohérence stratégique. Plus tard, la pandémie de Covid-19 frappe durement l’enseigne, qui dépose le bilan en mai 2020 (Chapter 11) pour se restructurer. En août 2020, Gold’s est rachetée 100 millions de dollars par la société allemande RSG Group (530 franchises et 70 studios en propre), déjà propriétaire de la chaîne low cost McFIT. Ce rachat marque une transition majeure : pour la première fois, le cœur d’une icône américaine du fitness passe sous pavillon européen.
L’ambition du nouveau propriétaire, Rainer Schaller (disparu tragiquement dans un accident d’avion avec son fils en 2022), était claire : revitaliser l’image de Gold’s Gym, en combinant son héritage légendaire avec les standards contemporains du fitness mondial. Sous la bannière RSG, Gold’s Gym entame un nouveau chapitre, avec des salles à l’architecture ambitieuse, comme le vaisseau amiral « Berlin Campus », et une stratégie tournée vers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. L’implantation en France, en 2024, s’inscrit dans ce retour stratégique vers une expansion mondiale assumée.
LE PARI DU « HIGH VALUE LOW COST »
Derrière le lancement ambitieux de Gold’s Gym en France, une conviction : le marché est mûr pour accueillir une offre «high value low cost» construite avec exigence. «Nous avons en France le marché le plus mature d’Europe sur ce segment. À 30 euros par mois, avoir une telle qualité de service et d’équipement est unique », note Yann Esteso.
Avec Franck Palizzotto, il envisage l’ouverture de 200 clubs en France et dans les DOM-TOM. Environ la moitié seront en propre, les autres en franchise. Ce schéma hybride est stratégique : « Avoir un réseau de succursales sert à montrer l’exemple, à maintenir un haut niveau d’exigence. C’est ce qu’a fait Fitness Park : ils ont commencé par la franchise, puis ils ont racheté les clubs pour consolider », pointe le manager.
Contrairement aux anciens masters franchisés hérités avant 2020, Yann Esteso et Franck Palizzotto participent à la construction du modèle avec le groupe, notamment sur le design des clubs et les standards d’exploitation. « On a la chance d’être la première version de franchise vraiment pensée sous l’ère RSG », souligne le premier.
Côté développement, la carte est déjà bien avancée. Une vingtaine de sites sont sécurisés, dans toute la France. Priorité aux zones denses (plus de 30 000habitants), notamment en Île-de-France et en région PACA. Le groupe revendique plus de 200 demandes de franchise reçues, portées souvent par des entrepreneurs venus d’autres secteurs. «Ce sont des gens qui ont réussi ailleurs, qui voient que le fitness est un marché porteur. Avec une bonne enseigne, on gagne bien sa vie », sourit le patron.
CAP SUR… LES ÉTATS-UNIS
Les conditions d’entrée sont assez classiques : 45 000 euros de droit d’entrée, 400 00 euros d’apport, redevance à 7% plus 1 % pour la communication. Coût global : estimé entre 2,5 et 4,5 millions d’euros selon la taille du club (entre 2 500 et 3 500m2). Les franchisés bénéficient d’un accompagnement complet : recherche de locaux, montage financier, suivi de chantier, formation du personnel, marketing, reporting.
«On livre un produit clé en main, mais on attend des partenaires engagés. Peu importe qu’ils soient opérationnels ou non, l’important, c’est qu’ils comprennent la vision. On veut bâtir une marque durable, respectée, cohérente. » Et peut-être, demain, exporter ce savoir-faire. À ce propos, le duo n’a pas dit son dernier mot, et nous a gardé un « one more thing » pour la fin : « On étudie la possibilité d’ouvrir des clubs Gold’s Gym aux États-Unis avec un master franchisé français. Les territoires sont identifiés. » Un sacré pied de nez en perspective à l’histoire, et un beau signal envoyé par la France au marché mondial.




