La norme dans le fitness va changer : ce qu’il faut savoir

La norme dans le fitness va changer : ce qu’il faut savoir

Une majorité d’entre vous ne le sait pas : la norme en vigueur dans le fitness depuis 2011 sera remplacée prochainement par une norme européenne.

Le 15 avril, la commission de la sécurité des consommateurs (CSC) remettait son avis sur la sécurité des salles de remise en forme auprès de l’Association française de normalisation (Afnor). “La sécurité, l’hygiène et la prise en compte de la santé des usagers sont souvent insuffisantes”, pouvait-on lire dans ce rapport appelant à un renforcement de l’encadrement. Cinq ans plus tard, la situation est la suivante : une norme, la “XP S52-412”, a vu le jour en janvier 2011, mais elle est restée au stade expérimental. Et son avenir va se décider au niveau européen.

Les travaux n’en sont cependant qu’au stade des discussions préliminaires, et un nombre impressionnant de professionnels ne se sentirait pas concerné. C’est pourtant bien au cours de ces rendez-vous que les bonnes pratiques et les règles du fitness de demain prennent forme. Afin de vous associer à ce sujet, nous avons décidé de faire un état des lieux sur la norme dans le fitness. De quoi parle-t-on ? Suis-je obligé de me conformer ? Qui décide de cela ? Vers où va-t-on aller ?

Vous avez dit “norme” ? La norme est un document de référence énonçant des solutions possibles permettant de respecter la réglementation. Attention, il ne s’agit pas d’une certification, qui est une preuve objective pour le client que le service fourni dispose des caractéristiques définies dans une norme – pour être certifié, il faut faire appel à un organisme indépendant et crédible, tel qu’Afnor Certification. Dans le cas de la norme, il s’agit d’un ensemble de bonnes pratiques réunies dans un document que l’on peut acheter sur le site officiel d’Afnor. Dans le cas de la XP S52-412 sur les exigences et le fonctionnement des salles de remises en forme, il en coûtera 51,59 euros (document numérique et papier). Une somme modique.

Qui est Afnor au juste ? C’est un organisme officiel de normalisation placé sous la tutelle du ministère de l’Industrie, comptant 3 000 entreprises adhérentes. Ses missions sont de fédérer ses membres dans le développement de normes communes, d’en informer l’existence et la publication tarifée – cela assure une partie de son financement. Emmanuel Husson, chef de projet en normalisation à Afnor et secrétaire de la Commission de normalisation Salles de remise en forme (S55J), nous explique que chaque document est élaboré dans le consensus entre les experts qui apportent le savoir technique, les instances officielles, les syndicats et les représentants des consommateurs, et sous le pilotage de la Commission.

Qui sont les acteurs du fitness à la table d’Afnor ? La Commission se veut représentative, mais nous verrons plus loin que ça n’est, hélas, pas forcément le cas. En l’état, elle réunit un ensemble de grandes franchises, telles que CMG Sports Club, Keep Cool ou l’Orange Bleue. On y trouve également la Fédération nationale des entreprises des activités physiques et loisirs (FNEAPL), mais aussi le ministère des Sports, la “Répression des fraudes” (DGCCRF), ou encore la CSC, représentant, elle aussi, les consommateurs – c’est elle qui avait saisi Afnor en 2010.

Et que trouve-t-on dans la norme ? D’abord, elle classe les salles de remise en forme en trois catégories (un point “qui fâche” en Europe), selon le niveau d’encadrement proposé. Ensuite, la norme spécifie les usages internes de fonctionnement : exigences liées à la conception, matériels, implantation du club, état de surface des appareils, plan d’organisation de sécurité et de secours, niveau d’occupation, informations à fournir aux pratiquants, zones d’accueil et de pratiques, accès à la salle, vente de compléments alimentaires, contrôle des appareils… La plupart du temps, les éléments abordés “ne réinventent pas la roue, confie Emmanuel Husson, mais reflètent plutôt l’état de l’art dans le fitness”.

Est-ce obligatoire ? Non. Une norme est dite d’application volontaire. Partant de là, on pourrait dire que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Et donc que le respect des principes du fitness n’engage que ceux qui ont acheté le document à Afnor. Vous pensiez que 51,59 euros, c’était bon marché ? Mais derrière, il faudra bourse délier, pour norme respecter ! Par exemple, agrandir une salle dont la densité de matériel serait devenue trop grande, recruter un coach supplémentaire pour l’espace cardio… Et gare aux menteurs. Si un adhérent se retourne contre vous. Si un accident menant à une enquête survient. Ou si un inspecteur de la DGCCRF s’entraîne dans votre club et décide, entre deux séries, de procéder à un petit contrôle, c’est l’article L121-1 du code de la consommation qui risque de vous coûter cher, pour possible pratique commerciale trompeuse.

Mais peut-elle me protéger ? Ne rien avoir à se reprocher, c’est toujours mieux. S’il n’est pas obligatoire d’acheter le document auprès d’Afnor ni de respecter ce qui est inscrit dedans, en cas de litige, les enquêteurs se pencheront d’abord sur le respect de la loi, et très vite, sur celui de la norme. Après le grave accident de ski subi par Michael Schumacher le 28 décembre 2013 à Méribel, en Savoie, “les autorités ont immédiatement vérifié si la station de ski respectait la réglementation et la norme en matière de balisage. Et c’était le cas. Sans cela, il aurait pu en coûter très cher à l’exploitant”, illustre Emmanuel Husson. De simple bonne pratique, la norme devient alors un vrai “bouclier juridique pour les dirigeants”.

Pourquoi une norme, et pas une loi ? “Il y avait l’arrêté de 1966 sur les établissements d’EPS et qui cadrait les structures, se souvient-on à Afnor, mais il n’est pas vraiment utilisé”. Face à un cadre réglementaire très vaste, le législateur préfère s’en remettre aux normes, tout en veillant de près aux règles de sécurité. La voie de la normalisation a été préférée, car il s’agit de droit souple – convenant mieux à l’industrie du fitness, en demande de liberté –, mais pouvant être utilisée lors d’un contrôle de la Direction départementale de la jeunesse et des sports (DDJS) ou de la Répression des fraudes. Et puis sur la sécurité, la loi est déjà là…

Que ne dit pas la norme ? Emmanuel Husson rappelle que les exploitants sont le plus souvent dans les clous et principalement sur les sujets les plus critiques – la norme se focalise plutôt sur la qualité de service. Les lecteurs de ces lignes savent qu’avant d’ouvrir, il faut remplir une déclaration d’établissement d’Activité physique ou sportive (APS) auprès de la direction départementale de la cohésion sociale. Ou une autre (ERP) concernant les établissements recevant du public : c’est elle qui fixe les règles applicables pour limiter les risques d’incendie, alerter les occupants si un sinistre se déclare ou favoriser l’évacuation des personnes. Le code du sport impose aussi au personnel encadrant exerçant une activité de coach contre rémunération d’être titulaire d’un diplôme d’État (tel que le BPJEPS) – ce point fait aussi débat en Europe, nous en reparlerons. Parfois, la norme renforce ces règles.

La norme actuelle va-t-elle changer ? Élaborée en 2011, la norme sur les salles de remise en forme comporte encore le sigle “XP”, ce qui signifie qu’elle est au stade expérimental – attention, elle n’en est pas moins légitime – pour une durée maximale de six ans. Comme pour toute autre “NF” (norme française), elle peut être révisée à tout moment. Franck Hédin, P.-D.G. de CMG Sports Club et membre de la Commission Salles de remises en forme, nous explique qu’une “mise à jour” est en cours d’élaboration, afin de “donner le ton”, notamment sur la sécurité des adhérents et sur le niveau de surveillance – qui pourrait être abaissé, à en croire le principal intéressé. Mais, en fait,c’est en Europe que tout va se jouer.

Qui est à la manœuvre en Europe ? Quand on parle d’Europe, il ne faut pas y voir la Commission européenne mais plutôt le Comité européen de normalisation (CEN). Tout est parti d’une initiative de l’Allemagne en 2012. “Le bureau de normalisation allemand a invité ses homologues dans tous les pays européens afin de plancher sur une norme européenne. Des travaux auxquels la France a souhaité participer”, indique Emmanuel Husson, qui s’occupe aussi de ce dossier. De la même façon qu’en France, les acteurs du marché sont invités à prendre part aux débats, ainsi que les représentants des consommateurs (l’Anec, en Europe).

Quels sont les sujets abordés ? Comme en France, il y est question des exigences générales sur la qualité de service, de l’encadrement et de la surveillance, du contrat de l’adhérent ou encore du nombre minimum d’équipements. Ce qu’il faut savoir c’est que cette norme européenne, reconnaissable à son préfixe “EN”, sera obligatoirement reprise à l’identique dans les collections des membres nationaux du CEN, qui les diffusent en tant que normes nationales. En France, on parlera de “NF EN”… Car, contrairement aux États-Unis, on ne peut pas avoir, en Europe, deux normes sur un même sujet.

Y a-t-il des points qui font débat ? Comme en politique, en finance, et dans bien d’autres domaines, la France et l’Allemagne ne sont pas (toujours) d’accord. Sur la classification des salles, par exemple, Afnor tient à conserver trois types de structures : salles à encadrement permanent (type 1), salles à encadrement non- permanent (type 2), et lieux dont la remise en forme est une activité additionnelle (type 3). Sont concernés par la troisième catégorie, et par la “polémique”, les hôtels et autres campings. “Cela paraît anecdotique mais c’est un vrai débat”, souligne Franck Hédin. En effet, la définition de ce qu’est un centre de fitness est un élément essentiel pour savoir à qui s’applique la norme. “En Europe, la CEN et les fédérations d’hôteliers veulent sortir les hôtels de la norme afin de ne pas hériter d’obligations de surveillances”, selon le patron de CMG Sports Club, pour qui la surveillance est parfois “disproportionnée […] comme dans les piscines des hôtels où la norme impose un maître-nageur même quand il n’y a personne”.

Où placer le curseur dans la définition d’un centre de fitness ? Pour Franck Hédin, les débats européens nourrissent le pragmatisme, comme sur la définition d’un nombre minimum d’équipements, qui n’est pas le cas aujourd’hui : “L’idée serait de dire qu’un espace de fitness est le lieu où l’on trouve le matériel nécessaire pour l’expérience sportive que les clients sont venus chercher.” Selon lui, il faut que soit reconnue la diversité des clubs, allant du studio de Cycling ou de Zumba® au grand centre généraliste, et éviter trop de lourdeurs administratives…

Qu’est-ce qui va changer alors ? D’autres sujets font débat et sont susceptibles de faire bouger les lignes en France. C’est le cas du certificat médical. Alors que la DGCCRF pousse dans ce sens, certains exploitants européens sont contre. Franck Hédin prend le cas de l’Italie où le certificat a été rendu obligatoire mais où “aucune amélioration dans l’accidentologie n’a été constatée dans les salles”. Un autre point est l’obligation d’avoir un diplôme d’État pour encadrer des adhérents. “On imagine qu’à moyen terme, une personne ayant les compétences pour l’encadrement pourra le faire”, poursuit le responsable de CMG Sports Club, en appelant au passage à un assouplissement des conditions dans lesquelles les candidats passent leur examen. “J’ai, par exemple, toujours été incapable de faire des tractions”, souligne-t-il, insinuant que cela ne l’a pas empêché de devenir un grand patron dans le fitness. Pour lui, il y a urgence : le métier est en sous-emploi. Enfin, concernant la surveillance, là aussi, les débats européens pourraient orienter le tir vers un allégement au niveau des espaces de cardio-training et de poids libres.

Va-t-on prendre un virage plus libéral ? C’est l’un des premiers enseignements de ces réunions européennes : les discussions oscillent entre un point de vue allemand prônant plutôt une autorégulation, et une conception française plus protectionniste – sur la sécurité ! Lorsqu’on demande son avis à Franck Hédin, il n’est pas étonnant qu’il penche plutôt pour la vision défendue outre-Rhin : “Je vais caricaturer mais le ministère des Sports en France voudrait presque placer un encadrant par adhérent alors qu’un accès à quelques coaches compétents suffit.” On peut aussi questionner la pertinence, actuellement, d’exiger un encadrement dans les espaces cardio et poids libres en ne se focalisant que sur la sécurité, mais sans réclamer un suivi de l’entraînement, ni même… une motivation de l’adhérent !

Mais où sont les clubs indépendants ? Ce sont les grands absents de ces réflexions pourtant cruciales – même si la FNEAPL représente 10% des établissements. Emmanuel Husson assure pourtant qu’Afnor communique auprès des clubs. Franck Hédin déplore, lui, une tendance “globale dans le fitness en France où peu de gens se sentent concernés”, tout en reconnaissant que les travaux “ne passionnent pas grand monde”. Des petits clubs devront ainsi s’aligner sur une norme façonnée en partie par des franchises nationales, qui en ont davantage les moyens financiers, et qui ont peut-être même parfois pesé pour que ce soit la norme qui aille dans le sens de ce qu’ils pratiquaient déjà. Et il paraît que la DGCCRF serait impatiente de pouvoir se référer à cette norme européenne.

quiz êtes vous hors norme ?Finalement, c’est pour quand la nouvelle norme ? La Répression des fraudes et l’ensemble de l’industrie devront se montrer patients… Depuis que les travaux ont commencé en 2013, seulement quatre réunions ont eu lieu au niveau européen. Le projet en est en “phase préliminaire” qui, de l’aveu d’Emmanuel Husson, “peut durer encore longtemps”. Combien de temps ? On ne sait pas. Et quand le projet sera finalement “activé”, c’est-à-dire que les experts se seront décidés à “appuyer sur le bouton”, ils disposeront d’un délai “incompressible” de trois ans. À Afnor, on justifie ce temps “qui peut paraître long” par le travail d’enquête nécessaire. L’autre complexité : accorder les violons entre la France et l’Europe.

Thomas Pontiroli

Commission de la Sécurité des Consommateurs

Association Française de Normalisation

Comité Européen de Normalisation