La Patrouille de France

La Patrouille de France

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Lundi 14 octobre 2013 – Base aérienne 701 de Salon-de-Provence.

Une fois les formalités de sécurité et d’accès réglées me voici plongé pour quelques heures dans l’univers de l’excellence aéronautique.

J’ai rendez-vous avec le sergent-chef Vaglio, préparateur physique en charge de l’entraînement physique de la Patrouille de France et avec le capitaine Hauser (Athos 9 en 2013 pour les initiés) qui en était à sa quatrième et dernière année dans la Patrouille avec pas moins de 3 850 heures de vol.

La condition physique et la cohésion sont les maîtres mots de cette formation. Le vol en patrouille serrée requiert une expertise avérée, les pilotes évoluent à des vitesses oscillant entre 300 et 800 km/h, à des distances comprises entre 2 et 3 mètres. Au cours de l’enchaînement des figures, ils subissent des accélérations variant de – 3 à + 7 G (force de gravitation).

Pour préparer au mieux les organismes à ces conditions extrêmes, un entraînement sportif hivernal quotidien est nécessaire. Il permet aux pilotes d’avancer dans les entraînements en vol et d’aborder le rythme intense de la saison des meetings en condition physique optimale. De plus, à travers la pratique régulière de sports collectifs, il développe la cohésion et la confiance, ingrédients indispensables pour cimenter l’esprit d’équipe. Le sport est aussi, et surtout, un argument de poids pour servir le recrutement de l’armée de l’air qui recrute 2 000 personnes chaque année.

Chaque hiver l’équipe se reconstitue en intégrant trois nouveaux pilotes qui, d’entrée, attaqueront un programme physique intense afin de se mettre rapidement au niveau de leurs coéquipiers. Cette période qui s’écoule d’octobre à mai est différente de la saison d’été mais est aussi éprouvante.

 

« On constitue en quelques mois notre capital santé et technique », rappelle le capitaine Hauser.

L’entraînement physique pour toute l’équipe est d’environ deux heures par jour pendant cinq jours par semaine, à cela on ajoute les deux vols quotidiens de 9 h 30 et 12 h 30, plus, bien évidemment, les briefings et les débriefings liés à chaque sortie. Ce ne sont pas moins de 120 vols hivernaux qui sont effectués par la Patrouille. « Cette étape pour les nouveaux pilotes est très importante physiquement mais aussi mentalement, car ils doivent apprendre à piloter en patrouille à huit avions. Il y a parfois psychologiquement quelques verrous à faire sauter. » On ne vole pas sur le dos à 30 mètres du sol spontanément, par exemple…

L’entraînement physique est en fait un mix qui allie endurance, résistance et force pour résister aux facteurs de charge. « On prépare la Patrouille comme on prépare une équipe de haut niveau de hand ou de basket », explique le sergent-chef Vaglio. Ce sont des sportifs de haut niveau, ils utilisent toutes les techniques d’optimisation du potentiel. Les activités CrossFit ou les nouvelles courses comme la Spartan Race, sont toutes dérivées des entraînements militaires. Nous sommes donc plutôt en avance sur les civils. Il y a évidemment toute une partie de circuit training que nous réalisons en salle, nous possédons une vingtaine d’équipements haut de gamme Matrix avec qui nous entretenons un bon partenariat depuis quelque temps maintenant. Ici, nous faisons du sur mesure et aussi du Small Group Training car à neuf, c’est le nombre idéal pour être efficace. »

Le capitaine Hauser me confie qu’ils renforcent plus spécifiquement le dos et la nuque qui encaissent de nombreux G. Il y a également un travail sur la souplesse articulaire des poignets afin de gérer la crispation en vol sur le manche ou les commandes. En complément de ce programme chargé, ils pratiquent également des techniques de Pilate afin de bien gérer leurs respirations en vol et d’optimiser le gainage dynamique. En effet, le pantalon anti G n’absorbe que un ou deux G selon la position du pilote, c’est pourquoi ils utilisent aussi des techniques de contraction des membres périphériques afin de limiter la circulation du sang.

Puis arrive la saison des meetings, de mai à octobre, où le rythme est complètement différent. Tous les entraînements hivernaux prennent alors toute leur valeur. Les semaines défilent rapidement car ils enchaînent les entraînements et les démonstrations en vol qui durent, selon les programmes, entre 20 et 30 minutes. « Nous avons trois programmes définis par les conditions météorologiques, le « beau temps » avec un plafond supérieur à 4 500 pieds (1 350 mètres), « l’intermédiaire » de 2 500 (750 mètres) à 4 500 pieds et, enfin, le « mauvais temps » de 1 000 (300 mètres) à 2 500 pieds. Il faut ajouter à cela toutes nos missions de représentations et tous les vols de transit en Alphajet. L’été, nous devons être à 100 % de nos capacités, nous pouvons avoir des variations d’altitude jusqu’à 13 000 mètres. » C’est la compétition !

« Bien évidemment le programme paraît très chargé mais nous sommes tellement fiers de faire partie de la Patrouille de France et de montrer l’excellence de l’armée de l’air française. Depuis 1953, la Paf doit tout aux nombreux pilotes et aussi aux différentes équipes qui la composent comme la communication, les photographes, les agents d’opérations sans oublier, évidemment, tous les services techniques et les mécaniciens en particulier. »

Une dernière question au capitaine Hauser : « Alors qui sont les meilleurs, la Patrouille de France, les Reds Arrows (UK), les Blue Angels (USA) ou les Frecce Tricolori (Italie) ? »

« Ce n’est pas à nous de juger mais bien sûr au public… Nous avons à peu près les mêmes entraînements, ce qui nous différencie ce sont les avions. Nous sommes à ce niveau limité par les machines… »

Alors capitaine, dans ce cas, je repose ma question : « L’Alphajet est-il un bon avion de voltige en formation ? »

« Il est plus petit que certain mais c’est l’avion idéal, c’est le meilleur… » CQFD !