La place potentielle du fitness dans notre santé de demain

La place potentielle du fitness dans notre santé de demain

NOTRE QUALITÉ DE VIE a incontestablement bénéficié de la modernisation de notre société, et c’est tant mieux. Malheureusement, ses corollaires, sédentarité et inactivité physique, qui dominent le choix de notre mode de vie ont, à la longue, des méfaits sanitaires représentant aujourd’hui un véritable problème de santé publique.

Il est vraiment urgent que nous décidions de prendre notre santé en main et, pour cela, que nous nous levions de nos sièges et que nous bougions. Pour faciliter ce changement d’attitude, tous les acteurs de l’activité physique et sportive ont un rôle à jouer et le monde du fitness peut participer efficacement à cette action.

 

François CARRÉ, Cardiologue et médecin du sport.

Hôpital Pontchaillou – Rennes

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La santé dans le monde “moderne”, état des lieux
Notre société va être confrontée à deux challenges sanitaires majeurs dans les années à venir, l’obésité et le vieillissement de la population. L’activité physique et sportive est un atout majeur pour y répondre.

Une véritable épidémie d’obésité est observée dans les pays “développés ou qui se développent”. Ainsi en 2020-2025, si rien ne change, 2 Français sur 3 (66%) seront en surpoids, et 25 % seront obèses ! La “malbouffe” est trop souvent présentée comme LA responsable de cette évolution. Certes une alimentation déstructurée doit être bannie, mais force est de constater que l’activité physique journalière moyenne ne cesse de décroître au fil du temps (moins de 1 km de marche journalière). À l’inverse, notre apport calorique, et en particulier en graisses, est bien moindre que celui de nos parents et grands-parents chez qui l’obésité était moins fréquente. L’évolution du pourcentage d’obèses dans la population suit parfaitement le nombre de voitures par foyer et le nombre journalier d’heures passées devant le petit écran. L’équation est simple pour ne pas prendre de poids, les dépenses en calories doivent au moins être égales aux apports. L’activité sportive occupe bien sûr une place importante dans les dépenses caloriques. Mais un autre facteur occupe une place de plus en plus prépondérante dans notre mode de vie actuel, c’est le temps que nous passons assis (sédentarité vient du verbe latin sedere, être assis).

Il est ainsi scientifiquement et formellement prouvé que le temps total (plus de 7-8 heures en dehors du sommeil) passé assis et le maintien de positions assises de plus de 3 heures répétées dans la journée, est corrélé au risque de développer des maladies chroniques comme l’obésité, le diabète, l’hypertension artérielle, l’infarctus du myocarde et certains cancers. Point essentiel, ce risque est indépendant de l’activité physique et sportive réalisée par ailleurs. En effet, ces maintiens prolongés de la position assise, associés le plus souvent à une exposition à des écrans, diminue la dépense de calories journalières de façon majeure et favorise un “encrassement” de la plupart de nos organes, d’où l’apparition des pathologies citées précédemment.

Le vieillissement de la population est inéluctable et on doit s’en réjouir à la condition qu’une bonne qualité de vie y soit associée. Le vieillissement est un phénomène physiologique actuellement inéluctable caractérisé par une baisse de l’efficacité du fonctionnement de la majorité des organes de notre corps. La fonte musculaire, la sarcopénie, qui accompagne le vieillissement a un effet majeur sur la qualité de vie. Une bonne masse musculaire est ainsi le garant d’une bonne autonomie. En effet, pas de capacité de marche sans bonne tonicité musculaire et pas de vie sociale sans capacité de marche. Donc, vieillir plus oui, bien sûr, mais surtout vieillir mieux en ajoutant de la vie aux années et pas seulement des années à la vie.

Quels que soit l’âge et la pathologie éventuelle d’une personne, sa capacité physique est considérée actuellement comme le meilleur marqueur de son espérance de vie et pour une grande part de la qualité de cette vie. Le mode de vie sédentaire et inactif qui est le plus répandu dans la population générale actuelle explique la diminution de la capacité physique moyenne. Ceci est aussi vrai chez les “jeunes” puisque entre 1971 et 2011, la capacité physique des collégiens de différentes régions mondiales a baissé en moyenne de 33 %. Si rien ne change, ceci n’augure donc pas de beaux jours pour leur santé.

C’est à partir de ces constats, que les sociétés scientifiques, médicales et l’organisation mondiale de la santé recommandent d’associer une alimentation équilibrée à une limitation des positions assises prolongées (2-3 heures) et à une pratique régulière de l’activité physique. Les pouvoirs publics en prennent conscience, car dans la toute nouvelle (2015) loi française de programmation de la santé, l’amendement Fourneyron recommande la prescription de l’activité physique par les médecins comme traitement adjuvant dans les maladies chroniques.

Bon OK, mais quel rapport avec le fitness devez-vous vous dire. Nous y arrivons.

Le rôle préventif potentiel du fitness

“Avoir une bonne santé” dépend donc avant tout du respect que nous nous portons. Outre une alimentation saine et l’habitude de saisir toutes les occasions possibles pour se mettre debout, la pratique d’une activité physique régulière doit faire partie de l’emploi du temps de chacun. Cette activité physique peut se limiter à la simple marche pour ceux qui s’en contentent. C’est ce que la plupart des médecins recommandent. La modification de ces habitudes doit être le plus précoce possible, mais surtout s’inscrire dans la durée. Au total, nous ne parlons pas que d’un changement de mode de vie mais aussi d’un changement à vie. La principale difficulté est là. En effet, si tout le monde sait prendre des bonnes résolutions, peu de personnes s’y tiennent. Une des clés de la persévérance dans le domaine de l’activité physique est son caractère ludique. Les médecins doivent donc offrir aux personnes qui les consultent le plus large choix possible d’activités physiques et sportives. Dans ce cadre, celles-ci doivent remplir deux conditions principales. D’une part, une possibilité d’adaptation (intensité et durée surtout) individuelle de l’activité aux spécificités médicales du pratiquant, et, d’autre part, une pratique de l’activité dans des conditions de sécurité adaptées.

Pour beaucoup de personnes, y compris dans le monde de la santé, le fitness se limite encore à la musculation pure et dure. Pour d’autres non spécialistes dont je fais partie, le fitness est une discipline sportive qui regroupe des activités physiques très variées sollicitant plus ou moins les systèmes cardiovasculaires, pulmonaire, musculaire et ostéo-articulaire. Sans oublier le système nerveux pour l’équilibre corporel et le contrôle de soi grâce à l’association de différentes techniques de relaxation. Ainsi, chaque personne intéressée par le fitness doit pouvoir y trouver une ou des activités adaptées à ses envies et, surtout, à ses capacités physiques.

Le fitness peut donc participer, comme toutes les autres disciplines sportives, à l’amélioration de la capacité physique de ces sujets. Pas question de devenir “champion olympique”, l’amélioration la plus minime de la capacité physique individuelle est toujours bénéfique pour la santé. Le moindre gain de consommation d’oxygène, de force musculaire, d’équilibre est bénéfique. Ceci signifie que pour ces personnes dont la santé est à la dérive du fait de leur mode de vie, comme pour certains malades sélectionnés par leur médecin, une pratique adaptée individuellement du fitness peut être bénéfique.

Encadrée par des professionnels convaincus et formés pour enseigner à cette population, la pratique du fitness doit aider à répondre aux deux challenges sanitaires majeurs auxquels notre société va avoir à répondre dans les années à venir.