LE SPORT SUR ORDONNANCE : État des lieux

LE SPORT SUR ORDONNANCE : État des lieux

Prescrire de l’activité physique à des personnes souffrant de maladies chroniques comme l’obésité ; cette idée continue de faire son chemin en Europe où les initiatives se multiplient. Tour d’horizon.

Sarah KANGA

L’EXEMPLE SUISSE

Avec un million de décès chaque année en Europe, l’obésité est prise très au sérieux par l’OMS qui prédit une véritable épidémie d’ici 2030. Face à ce constat alarmant, de nombreuses mesures sont prises afin d’inverser la progression de cette maladie chronique à l’origine de complications multiples : hypertension artérielle, diabète, maladies articulaires ou cardiovasculaires, etc. Au sein de l’arsenal proposé, l’activité physique revient sans cesse, du fait de ses nombreuses vertus thérapeutiques. C’est le cas en Suisse où, faisant écho aux recommandations de l’Office fédéral de la santé publique, les membres d’une fédération regroupant 340 des 850 centres de fitness et de santé helvétiques – la FSCF – ont lancé une initiative populaire en mars 2014 intitulée « Oui à la médecine du mouvement ». L’objectif : faire rentrer dans la Constitution suisse le remboursement intégral par l’assurance maladie de base des frais d’abonnements dans des centres de fitness certifiés.

Actuellement, l’assurance maladie obligatoire de la confédération ne prend pas en compte les charges liées au sport qui relèvent essentiellement des assurances privées (il en existe une soixantaine). Celles-ci proposent à leurs assurés des rabais sur leurs abonnements de 20 % ou le versement d’une prime annuelle. Avec cette initiative populaire, la FSCF souhaite faciliter l’accès aux structures sportives pour certains malades qui se verraient proposer un entraînement axé sur l’endurance et la musculation à l’aide d’équipements sportifs ainsi que des conseils personnalisés, le tout sur la base du volontariat et sans condition des revenus. Seraient concernées les personnes souffrant de certaines pathologies chroniques liées à leur sédentarité et munies d’une prescription médicale. Pour la fédération, il s’agit d’introduire des programmes de fitness certifiés par des spécialistes dans le catalogue de l’assurance maladie obligatoire. Ce projet peut s’avérer lucratif pour les salles de sport et booster leur fréquentation dans un pays où seuls 16 % de la population est abonnée. Un enthousiasme que ne partage pas Christophe Kaempf, le porte-parole de santé suisse pour la Suisse romande et le Tessin, pour qui le sport reste une affaire privée : « Ce n’est pas à l’ensemble de la collectivité de payer. Ce projet entraînerait un surcoût pour l’assurance maladie de base ainsi qu’une hausse des primes d’assurance de 4 % », dénonce-t-il. Ce à quoi la FSCF rétorque qu’un actif coûte moins cher en frais de santé qu’un inactif.

Le débat reste ouvert. Afin d’être déposée auprès de la Chancellerie générale, l’initiative doit recueillir 100 000 signatures. Les centres de fitness ont jusqu’au 22 juin 2017 pour la déposer.

ÉTAT DES LIEUX EN FRANCE 

En France, et même si la Haute Autorité de Santé française a souligné en 2011 les avantages des thérapies non médicamenteuses face à certaines pathologies, notamment le diabète de type 2, la prise en charge des abonnements sportifs par la Sécurité sociale n’est pas à l’ordre du jour.

Un amendement visant à faire rentrer dans la loi la prescription d’activités sportives par les médecins traitants et déposé par l’ex-ministre de la Jeunesse et des Sports, Valérie Fourneyron en mars 2015, a finalement été retiré du projet de loi Santé. Cet amendement ne prévoyait pas de remboursement par la Sécurité sociale, mais un financement multiple faisant intervenir collectivités territoriales, mutuelles et associations de patients. Il s’inspirait par ailleurs largement d’un modèle en place à Strasbourg depuis 2012 et baptisé « Sport-santé sur ordonnance ». Ce dernier permet aux médecins traitants de prescrire à leurs patients souffrant d’hypertension ou de diabète – à la place ou en complément de leur traitement – des séances de vélos gratuites, de la marche nordique, de la gymnastique douce ou encore de la natation. La ville de Strasbourg indique sur son site Internet que « désormais, l’activité physique ou sportive fait partie intégrante du traitement de nombreuses maladies, dans le cadre de l’éducation du patient obèse, diabétique, asthmatique, insuffisant respiratoire, cardiaque ou en rémission d’un cancer ». Depuis son lancement, 210 000 euros ont été investis dans ce programme chaque année, dont 130 000 pour l’eurométropole de Strasbourg.

Plus de 700 patients ont pu rencontrer près de 170 médecins prescripteurs et être orientés vers sept associations labellisées.

Un financement que la ville a réalisé en s’associant à la caisse du régime local d’assurance maladie, à l’Agence régionale de santé ainsi qu’à des partenaires associatifs. Là aussi, les sports d’endurance sont privilégiés pour leur impact sur l’espérance de vie et leurs bienfaits sur le cerveau. Fort de succès, la ville a organisé les premières assises européennes sur le thème « Sport-santé sur ordonnance », qui se sont tenues les 14 et 15 octobre derniers avec la participation de près de 80 villes françaises, mais également des experts suisses, allemands et belges.

UNE PRISE DE CONSCIENCE NATIONALE

Mais la capitale alsacienne n’est pas la seule à prescrire et rembourser l’activité sportive à certains patients. D’autres villes françaises telles que Toulouse, Blagnac ou encore Biarritz se sont mises au diapason. Dans la station balnéaire du Pays basque, 22 médecins ont accepté de tenter l’expérience qui bénéficie d’un financement à la fois public et privé. Un montage financier mixte qui doit permettre d’étendre l’initiative au-delà des malades chroniques. Cette tendance n’a pas échappé à certains assureurs parmi lesquels la Maif. En partenariat avec la Mutuelle des sportifs, cette dernière propose depuis le 1er janvier 2015 à ses assurés souffrant notamment de pathologies chroniques une enveloppe de 500 euros sur deux ans sans supplément de cotisation.

TOUR D’HORIZON EUROPÉEN

À l’échelle européenne, la prise de conscience de l’impact positif du sport sur la santé produit également ses effets. Plusieurs mutuelles santé belges prennent déjà en charge une partie des frais d’affiliation à un club sportif. En Grande-Bretagne, le ministère de la Santé envisage de créer des « chèques gym/piscine » afin d’encourager les Britanniques à pratiquer une activité physique. En Allemagne, le groupe italien Generali, 5e assureur sur le marché allemand avec 13 millions d’assurés, va lancer début 2016 un projet intitulé « Assurance au comportement ». Il consistera à proposer des tarifs préférentiels aux assurés adoptant un style de vie sain incluant sport et alimentation bio. Après l’Allemagne, Generali vise la France et l’Autriche.

Le marché du fitness semble avoir de belles années devant lui.