Il manque 80 000 coachs dans le secteur du fitness[1]. Face à ce chiffre, combiné aux difficultés structurelles de la filière (coûts fixes importants, faible taux de fidélisation des clients) et à une concurrence toujours plus rude, les salles de sport n’ont d’autre choix que de se réinventer. La rétention des coachs/des instructeurs de fitness est devenue un défi majeur dans l’industrie du fitness qui n’a pas encore su s’adapter.
En moyenne, chaque salle de sport manquerait ainsi de 0,8 équivalent temps plein, selon les estimations d’Active-FNEAPL[2]. Dès lors, en plus de proposer des postes attractifs, maintenir et attirer de nouveaux coachs dépendra en grande partie de la qualité de l’environnement de travail qui leur sera proposée. Un changement profond des usages dans le monde du travail est déjà observé. D’après une étude du Boston Consulting Group, 66 % des travailleurs âgés de 25 à 35 ans souhaitent quitter leur entreprise dans les deux ans pour cause de mauvais management ou par manque de flexibilité. Par ailleurs, un membre sur trois de la Génération Z (moins de 25 ans) ne souhaite pas devenir cadre.
La Génération Z – une communauté de 2,5 milliards de personnes nées entre 1995 et 2010 – se distingue à bien des égards des générations précédentes : quête de sens, besoin de co-créer, besoin d’authenticité ou encore besoin de lien social, mais aussi un rapport différent à l’autorité. La Génération Z représente aujourd’hui 32 % de la population mondiale. En 2025, elle représentera 27 % des travailleurs de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
Les jeunes de la Génération Z possèdent des attentes bien précises par rapport au marché du travail. Ils demandent de la transparence, pas juste sur le plan salarial, mais aussi sur le plan de la culture d’entreprise. Plus de 70 % des travailleurs en France et dans d’autres pays estiment que la transparence des salaires est bénéfique pour l’entreprise. En mars 2023, près de la moitié (49,5 %) des annonces publiées sur Indeed en France indiquaient des informations sur le salaire, un chiffre qui a presque doublé depuis 2019[3].
Les jeunes revendiquent le travail comme un moyen de, et non une fin en soi. Au-delà d’être une ressource financière, le travail doit selon eux contribuer à leur bonheur et à leur santé mentale. Ils recherchent des clubs de fitness en adéquation avec leur valeur, ils ont un fort besoin d’utilité sociale. Les Z ont ouvert la voie à plus de flexibilité et à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, la Génération Z a décidé d’en faire la nouvelle norme.
Ce pourquoi la notoriété d’une industrie du sport/d’un club de sport ne suffit plus. Pour recruter ces jeunes de façon efficace, il faut bien soigner les descriptions de postes avec des missions claires et aborder des techniques « d’inbound recruiting[4] », en allant chercher les candidats sur les canaux de communications qu’ils utilisent dans leur vie quotidienne (Instagram, Snapchat, TikTok) et en privilégiant la vidéo courte plutôt que le texte.Au-delà de l’attractivité, la question qui se pose est l’engagement au travail. Un jeune français sur deux refuse de s’engager à long terme, privilégiant le statut d’intérimaire ou de « free-lance » qui offre plus de souplesse et de flexibilité. Le CDI n’est plus une fin en soi pour les jeunes talents ! Les jeunes coachs/instructeurs recherchent des aventures dans leurs futurs jobs ainsi que des missions à court terme plutôt qu’un métier. La fidélité prend toute une autre forme avec l’arrivée des Z en entreprise : on passe d’une fidélité à l’entreprise à une fidélité sociale, voire collaborative. Le premier levier de fidélisation des Z est l’esprit d’équipe (28,8 %) avant même le salaire ou la volonté de travailler à l’international[5]. Avec l’arrivée de la Génération Z sur le marché du travail, on passe d’une fidélité absolue et subie à une fidélité choisie. Le club de fitness n’est plus un lieu de travail, mais devient un lieu de vie au sein duquel les jeunes coachs/instructeurs souhaitent s’épanouir en présence de leurs pairs.
En d’autres termes, la fidélité à l’entreprise n’est pas non plus liée à la peur de perdre son emploi (dimension négative de la fidélité), mais plutôt à la volonté d’être heureux au travail (dimension positive de la fidélité).
Et si la Génération Z était une chance ? Les jeunes coachs/instructeurs issus de la Génération Z sont en train de profondément modifier le monde du travail en s’imposant et en faisant entendre des existences que leurs aînés n’auraient sans doute pas osé formuler.
Élodie Gentina, docteure en Sciences de Gestion, professeure à l’IESEG School of Management, conférencière en entreprise.
[1] https://www.bfmtv.com/economie/replay-emissions/soixante-minutes-business/il-manque-80-000-coachs-dans-le-secteur-du-fitness_VN-202304190466.html
[2] Les Echos (2022). Pénurie de coachs, inflation, PGE : difficile relance pour les salles de sport.
[3] Transparence salariale : une révolution en marche, septembre 2023, Indeed.
[4] Inbound marketing : Il s’agit d’une stratégie globale essentiellement basée sur les fondations de la marque employeur et la création de contenus riches. Elle a pour objectif de faire connaître la société, ses valeurs et sa force mais surtout d’attirer et recruter les meilleurs candidats qui seront ses futurs employés de talent motivés à faire grandir la société.
[5] Gentina, E. (2023). Manager la Génération Z en entreprise. Paris, Dunod.



