L’hygiène : le point noir des salles !

C’est une réputation dont elles se passeraient bien : les salles de fitness brillent par leur manque d’hygiène. Loi on ne peut plus floue sur le sujet, des gérants qui se préoccupent d’avantage de faire face à la crise que de rendre leurs structures « clean », des membres insatisfaits… il plane comme une salle odeur dans le milieu.

Il suffit de se rendre sur la plupart des forums qui traitent du sujet pour se rendre compte qu’en matière d’hygiène, les salles de fitness ont déjà perdu depuis longtemps leur triple A. En témoigne le post de Sarita sur l’un d’entre eux : « Certains mecs ne mettent pas de serviette sur les appareils de muscu. Ils s’entrainent souvent en tongs ou pieds nus. Très agréable quand toi tu comptes t’allonger après ! En plus, ils ne nettoient pas les appareils de cardio alors qu’ils ont transpiré comme pas possible. Sans parler des douches et vestiaires… Si on doit passer notre temps à nettoyer au lieu de s’entraîner… Et bien entendu, les profs ne disent rien… Je ne suis pas chochotte mais on paie pas mal pour le service ! » Tout est dit : le manque de savoir vivre de certains membres et le laxisme d’une majorité de gérants, expliquent le pourquoi de cette mauvaise réputation. En janvier 2009 déjà, la Commission de la Sécurité des Consommateurs (CSC) avait été saisie du sujet et alertée sur les pratiques d’une salle parisienne, suite à quoi elle avait décidé de mandater le Centre régional d’innovation et de transfert technologique (CRITT) pour enquêter sur l’offre de service et de sécurité des utilisateurs dans les salles. Via un questionnaire déposé sur le net, l’organisme avait pu mesurer le degré de satisfaction des membres, quand, dans le même temps, une trentaine de faux adhérents s’était rendue dans 32 salles dans le but d’inspecter les lieux en se faisant passer pour d’éventuels futurs adeptes.

Conclusion : seuls 24 % des clients se disaient « tout à fait satisfaits » de la propreté générale de la salle fréquentée et 21 % de la propreté des sanitaires.

Soit, un flop. Le vrai problème tient surtout à la loi, ou plutôt à l’absence de loi en la matière. Car si les salles de fitness sont bel et bien régies par le code du sport, se trouvant dans l’obligation de devoir respecter un arrêté du 3 janvier 1966 relatif à « l’hygiène et la sécurité » (lire ci-contre), force est de constater que la plupart de ces directives concerne d’avantage la sécurité que l’hygiène. Aucune d’entre elles ne fait en effet référence à la fréquence de nettoyage, aux produits d’entretien à utiliser, et n’impose pas plus de contrôle dans le domaine. Une spécificité française ? Chez nos voisins Suisses en tout cas, la législation est un peu différente. Pour y détenir un club, Patrick Rizzo, l’un des fondateurs de la très haut de gamme salle L’Usine, implantée en deux endroits phare de la capitale, mais aussi à Genève, fait aisément le comparatif. Et pour lui, pas d’équivoque : la France est plus qu’à la traîne. « Ici, on nous impose un paquet de règles à respecter sur la sécurité incendie, l’aération de la salle, l’accès aux handicapés… Mais sur l’hygiène, rien. En Suisse, il existe des normes sur les produits d’entretien dont on doit faire usage, ceux qui sont interdits, sur l’utilisation abusives de substances alcalines… Et des contrôles sont effectués par des inspecteurs de l’hygiène. Après que le ménage soit bien fait ou non, ça dépend, comme ici, du dirigeant.» Ce qui laisserait sous-entendre que la majorité des gérants français se moquent complètement de la question ? Celui qui a également été l’un des fondateurs du Gymnase Club avec Véronique et Davina durant 23 ans apporte sa vision des choses : « Il faut savoir qu’en France, 70 à 80% des clubs se trouvent en mauvaise posture économique. Ce qui fait que pour beaucoup d’entre eux, l’hygiène n’est pas la première préoccupation. Celle qui domine, et à tort, c’est de faire du remplissage à tout prix, d’avoir un nombre toujours plus important d’adhérents, pour faire rentrer de l’argent. » Et pour cause, un budget « hygiène », ça pèse lourd, voir très lourd pour une entreprise. En ce qui concerne L’Usine, Patrick Rizzo a fait ses comptes : à raison de 140 heures de ménages par mois, effectuées par quatre personnes, la facture est de 250 000 € par an pour un chiffre d’affaires de quelque 5 millions. Sans compter les grandes opérations de nettoyage qui n’entrent pas dans l’entretien dit habituel. « Je ne vois pas comment un club de 1500 m2 peut consacrer moins de quatre postes pour réaliser ces taches. Un tapis de course bien nettoyé, ce ne sont pas moins de 15 à 20 minutes de travail », avance encore le gérant. Serait-ce ça, le fait d’offrir une salle toujours clean à ses adhérents, qui expliquerait un taux de réabonnement à 68% à L’Usine quand il oscille en général autour des 30% dans les autres clubs ? Pas seulement sans doute. Mais pour Patrick Rizzo, tout comme son acolyte, Patrick Joli, les choses sont claires : « l’hygiène fait partie de notre marque de fabrication. Avoir un club toujours impeccable, il n’y a que la sous-traitance qui permet ça. C’est plus efficace pour quasi pas plus cher. »

Que dit la loi ?

Il existe dans la loi française un arrêté datant du 3 janvier 1966, relatif aux garanties d’hygiène, de technique et de sécurité des salles où les éducateurs sportifs ou physiques exercent leur profession. Ainsi, toute salle doit présenter les garanties minimales suivantes : disposer d’une aire de travail d’un volume de 4 mètres carrés au minimum par personne. Au niveau de l’équipement de la salle, le plafond  doit avoir une hauteur minimum de 2,80
mètres, les obstacles (angles vifs, piliers etc.) doivent être protégés ou capitonnés. La salle doit être dotée d’un système d’aération ou de ventilation assurant un renouvellement d’air d’au moins 30 mètres cubes par personne et par heure. En ce qui concerne l’équipement hygiénique et sanitaire, il devra compter deux W.-C., deux urinoirs, deux cabines de douches collectives et deux cabines de douches individuelles pour quarante usagers  simultanés.

Ces chiffres peuvent être réduits au prorata du nombre des usagers admis simultanément. Chaque salle de douches doit également comporter une main courante. Les fosses fixes de réception sont quant à elles interdites. Si la salle est chauffée avec de l’air pulsé, les arrivées d’air doivent être aménagées de façon à ce que celui-ci ne soit pas dirigé sur les usagers. Le vitrage ne doit pas comporter de verre armé. En plus de cela, la présence d’une boîte médicale de secours, bien équipée en vue des premiers soins à apporter en cas d’accident, est obligatoire, ainsi qu’un brancard permettant l’évacuation d’un blessé immobilisé. Existence d’un téléphone et affichage à proximité de ce téléphone des numéros d’appel des pompiers, du médecin responsable de la salle ou du club, de l’hôpital, de  l’ambulance. Les salles sont également soumises à l’interdiction de fumer. L’autorité administrative peut prononcer la fermeture temporaire ou définitive d’un établissement lorsque son maintien en activité présenterait des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants ou exposerait ceux-ci à l’utilisation de substances ou de procédés interdits.