Patrick MAZEROT : de la planche à voile au fitness

Patrick MAZEROT : de la planche à voile au fitness

À 58 ans, Patrick Mazerot peut se targuer d’avoir eu plusieurs vies. ce businessman sportif a multiplié les expériences avant de créer sa propre enseigne : l’appart Fitness. Retour sur un parcours exceptionnel.

Sandra FRANRENET

Chef de meute. Voilà sans doute le qualificatif qui sied le mieux à Patrick Mazerot. Ce leader charismatique veille sur l’empire qu’il a bâti en pater familias. Un trait de caractère qu’il a affiné dès l’enfance, lors de son entrée chez les scouts de France. De louveteau, il est progressivement monté en grade pour atteindre le sommet de cette organisation ultra-hiérarchisée où il a pu manager ses premières équipes avec bienveillance. L’homme se défend en effet d’aimer diriger pour diriger. Ce qui le fait vibrer, c’est de «mener». «Un leader ne peut “leader” que parce qu’il a derrière lui un groupe de personnes qui ont envie de le suivre, le porter. C’est une aventure humaine qui s’écrit et se conjugue à plusieurs», justifie-t-il. Mais le scoutisme n’explique qu’en partie l’esprit d’équipe qu’il n’a cessé de développer depuis.

Le rugby et le volley-ball font le reste. Savoir passer la balle, construire, organiser, structurer, prendre du recul… Ces sports collectifs pratiqués en club lui ont permis de comprendre qu’on n’arrache pas la victoire tout seul. Les autres joueurs sont indispensables pour réussir. « Les sports co m’ont également appris quelque chose de fondamental : ne jamais se laisser abattre, même dans la défaite. Pour moi, perdre n’est pas une fatalité. C’est un moteur qui donne l’envie de faire mieux et différemment», illustre cet ancien champion de France d’aviron. Une philosophie de vie qui explique son succès dans l’univers du fitness. À l’écouter, rien ne le prédestinait pourtant à embrasser un tel destin. Né en août 1957 à Toulon dans une famille de la classe moyenne, P. Mazerot grandit à Lyon. Amoureux de la nature, son père l’initie dès son plus jeune âge à sa passion : les longues promenades dans la campagne avec ses amis chasseurs. Armé d’une besace chargée de saucisson et de fromage de chèvre, le petit Patrick partage les aventures de ce groupe de bons vivants. L’été, la famille Mazerot quitte ses montagnes pour le sud où son père a gardé des attaches. Ces vacances à la mer lui ouvrent les portes du plaisir de la natation. «Depuis, je nage comme un poisson !», précise-t-il avec humour. C’est pourtant sur un lac situé dans la région Rhône-Alpes qu’il a connu ses premières vraies sensations aquatiques.

DE L’UFRAPS À LA PLANCHE À VOILE

Pendant que les Rolling Stones enflamment les salles de concert, le futur businessman suit un cursus alliant sport et management à l’UFRAPS sans réellement savoir à quoi il se destine. Seule certitude : il n’acceptera pas d’enseigner enfermé dans une cour d’école avec un ballon. Le début de sa carrière professionnelle se dessine presque par hasard sous les traits d’une planche à voile rapportée par un oncle. «Cette sensation de glisse, de liberté, de pouvoir conjuguer le corps avec l’eau et l’air, m’a littéralement transcendé», se souvient-il. Malgré ses 22 ans, le jeune homme n’a pas froid aux yeux. En 1979, il crée sa première entreprise sous licence de marque SOGESURF. L’aventure durera jusqu’en 1985. Durant ces six années, Patrick Mazerot fabrique, répare et vend ses propres planches comme le ferait un ébéniste. «Elles avaient un succès fou en compétition, car elles étaient à la fois légères et performantes», raconte-t-il avec une teinte de nostalgie dans la voix. Repéré par MATOS, l’un des plus gros acteurs de distribution, ce touche-à-tout créé un site pilote qui servira de base de lancement d’une chaîne de magasins sous franchise. En trois ans à peine, 87 points de vente ouvriront! Suivent des écoles de formation et des bases de location au pied des lacs pour compléter l’offre. « J’étais sur tous les fronts ! J’ai même été à l’origine de la traversée de Lyon en planche à voile », ajoute-t-il avant de rappeler que cet événement mobilisait tous les ans 700 personnes dont des délégations venues de l’Europe entière.

TOUTES GLISSES DEHORS 

Pendant la décennie suivante, ce Lyonnais ouvre ses magasins aux autres équipements de glisse. Surf des neiges et VTT colonisent progressivement les rayonnages pour couvrir toutes les saisonnalités. « C’était la grande époque de Gotcha, Quicksilver et Oxbow. Tous nos fournisseurs organisaient des shows sur les plans d’eau du monde entier. Grâce à eux, j’ai voyagé partout et pu observer des méthodes managériales très différentes de celles qui avaient court en France», illustre ce passionné qui a fini sa carrière «dans la glisse » en embrassant successivement les postes de directeur commercial France de planches à voile, puis directeur du développement Europe pour le snowboard de la marque Mistral. Nostalgique Patrick? Assurément. À l’écouter, si ce marché ne s’était pas effondré dans les années 1995, il serait très probablement resté dans cet univers devenu bien trop élitiste. C’est un ami, patron d’une grosse agence de communication lyonnaise, qui lui donnera envie de tourner la page pour se lancer dans un tout autre domaine : le fitness.

LE DÉBUT DE L’AVENTURE FITNESS 

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Patrick Mazerot devient chef produit marketing pour les 60 clubs Odyssée, challenger de Moving. «J’ai connu mon second coup de foudre professionnel ! », assure ce senior de la glisse pour qui le fitness est le sport de tous les sports, notamment parce qu’il s’adresse à tous et à tous les objectifs (compétition, bien-être, remise en forme, lien social, rééducation…). La dissolution d’Odyssée en 1996 ne rime donc pas pour lui avec mauvaise nouvelle. Bien au contraire. Fort de sa précédente expérience de chef d’entreprise, il rêve d’acheter son propre club. À l’aube de ses 40 ans, il jette son dévolu sur Aloha une salle de 700 m2 située à Villeurbanne « qui sentait la transpiration » et abritait du « matériel vétuste pour ne pas dire pourri». Grâce à son père qui se porte caution et à la 14e banque qui accepte de lui faire confiance, Aloha devient Body Sculpt. «Je faisais les travaux la nuit, m’occupais de la gestion le matin et me dédiais à la vente d’abonnement l’après-midi», se rappelle-t-il avec un petit pincement au cœur. Le succès est quasi-immédiat. En deux ans, il triple le chiffre d’affaires et booste le nombre d’adhérents qui passe de 700 à 2000. Seul hic : la superficie devient rapidement trop petite. Qu’à cela ne tienne : Patrick Mazerot rachète les locaux mitoyens afin de doubler la surface. La recette de son succès ? Un marketing authentique, dynamique et transparent. Chez lui, les «fausses promo» n’ont jamais eu leur place. L’homme se félicite d’ailleurs de cumuler 60000 ventes sans aucun procès de consommateur ! Il met également un point d’honneur à accueillir ses prospects comme il se doit. « Dans notre métier, nous n’avons l’occasion de faire bonne impression qu’une fois. Il n’existe pas de deuxième chance», affirme-t-il. Les clients doivent également savoir à qui s’adresser en un coup d’œil lorsqu’ils franchissent les portes de son club. Il habille donc son équipe avec des chemises, T-shirt et blousons à l’effigie du club de l’enseigne Body Sculpt. Enfin, il ne lésine pas sur la propreté et l’aération des lieux.

2007, AVÈNEMENT DE L’APPART FITNESS

«Ma carrière a pris un virage avec la rencontre de Christophe Andanson, P.-D.G. LesMills France, et Denis Paon, président de la marque Matrix, lors de ma première participation au congrès IHRSA Europe en 2001, poursuit P. Mazerot. J’ai compris que la stratégie française n’était pas la bonne et qu’il fallait plutôt sensibiliser les publics assez peu sportifs que les hyper-fréquentants.» Mais ce qui impressionne le plus cet homme d’affaires est l’invention de l’abonnement mensuel sans engagement, concept anglo-saxon qu’il importe aussitôt dans son club. «En plus de la propreté et d’un accueil de qualité, la vraie clé d’ouverture du marché du fitness en France, c’était la mensualisation des abonnements ! clame-t-il. À bien y penser, il était aberrant d’obliger les gens à s’engager 12 mois sans savoir si ça allait leur plaire. Chez moi, le client est juge. S’il ne trouve pas son compte ou s’il est déçu, il peut résilier sans attendre. Mon job, c’est de lui donner envie de venir et ensuite de rester», ajoute-t-il. Avec 60 % de réabonnements annuels, il faut croire que sa recette fonctionne… Mais imaginer Patrick Mazerot se satisfaire d’une seule adresse serait mal le connaître. En 2007, il entend parler d’un club en difficulté implanté dans le centre-ville de Lyon, juste au-dessus de la Fnac.

En cœur d’artichaut qu’il est, le businessman tombe instantanément amoureux de cette petite salle de 250m2 située dans un immeuble haussmannien qu’il rachète immédiatement. «J’ai tout de suite su ce que je voulais en faire : un lieu convivial où les gens se sentent chez eux», raconte-t-il. Les travaux effectués visent notamment à créer des cabines de change et de douche individuelles «comme on en trouverait chez soi». L’Appart Fitness est né, la success story peut commencer. Au cours de l’année 2007, le nombre de membres passe d’ailleurs de 250 à 1000.

7 CLUBS, 22 FRANCHISES

Refusant de s’arrêter en si bon chemin, Patrick Mazerot rachète deux autres clubs dans la foulée. Huit ans plus tard, il en possède sept en nom propre et 22 sous franchise. Depuis le 1er décembre, Body Sculpt a même changé de nom pour rejoindre l’enseigne créée en 2007. Une transformation qui nécessite des travaux conformes à la charte de l’Appart Fitness : cabines de change et de douche individuelles, équipement entièrement rénové estampillé Matrix, code couleur, parquet au sol… Et, bien sûr, la palette de services dont l’entretien mensuel du matériel pour éviter tout risque de panne : le « Full service Matrix ». Les nouveaux clubs n’ont donc ni besoin de se trouver à l’étage d’un immeuble haussmannien ni d’avoir une superficie limitée pour se convertir en «Appart Fitness». En pleine expansion, cet empire avait cependant besoin de débloquer une importante levée de fonds pour continuer de se développer. C’est chose faite depuis l’été 2015. D’un montant de 4,5 millions d’euros (dont plus de la moitié sur fonds propres), elle a permis de consolider la holding, gage de professionnalisme pour les investisseurs, et bien sûr de développer le groupe sereinement tant par l’augmentation du nombre de clubs en filiales, que par le développement national de la franchise. La nouvelle stratégie ? Ouvrir une filiale tous les 12 à 18 mois et 30 à 40 franchises par an. Fidèle à sa volonté d’être le chef d’une meute à taille humaine, Patrick Mazerot souhaite que ce soit ses franchisés qui ouvrent à terme jusqu’à quatre clubs. Mais même lorsqu’elle atteindra le chiffre qu’il s’est fixé – 200 clubs à horizon 2020 – son enseigne devra rester à l’image de ce bon vivant : conviviale. «Je souhaite que le réseau devienne une sorte de “bistrot de l’An 3000”, c’est-à-dire un lieu de vie, d’échanges et de partage d’expériences », précise-t-il. Le pari est en passe d’être gagné, agencement oblige : le coin canapé, le café gratuit et bien sûr les «clubs in club» qui permettent aux adhérents de se retrouver par affinités sportives et de suivre des programmes adaptés à leur passion, ont déjà fédéré une vaste communauté. Atypique, son positionnement «chic et cosy», qui propose un service de qualité à des tarifs parfois proches de ceux des salles low cost (cf. encadré), devrait séduire, dans un futur proche, une multitude de patrons tentés par l’aventure de la franchise, «à commencer par tous ceux qui veulent se consacrer à leur métier sans se perdre dans des tâches administratives complexes ». Loin de Patrick Mazerot pourtant l’envie de dire qu’il n’y a pas de place pour les autres : le marché du fitness reste ouvert, du low cost au haut de gamme sans oublier les micro-gym. Son vœu est de continuer à jouer au fitness et d’inviter toutes les générations du futur à jouer aussi !

L’Appart Fitness en chiffres

Tarifs

– Abonnements all inclusive : de 19 à 49 €/mois selon les périodes de fréquentation et sans aucun engagement. Résiliation possible dès le 1er mois.

– Option coaching : de 25 € (groupe de 3 personnes) à 49 € (séance individuelle). Le coach reçoit un intéressement sur chaque cours individuel ou semi-individuel.

– Option piscine : + 10 €/mois sur l’abonnement pour les structures disposant d’une zone aquatique.

Plages horaires

– Ouverture : 7 j/7 de 6 h à 23 h, 365 j/an.

– Encadrement : de 9 h à 21 h en semaine et de 9 h à 18 h le week-end.

Ressources humaines

– Holding : 16 personnes à temps plein.

– 4 salariés sont affectés à l’entretien des bâtiments des 7 filiales.

– Les 7 filiales regroupent 50 personnes dont des managers, des responsables sportifs et une équipe commerciale / accueil.

– 6 à 12 coaches selon la taille du club. La moitié est affectée aux cours collectifs, l’autre moitié à l’encadrement individuel.

Chiffre d’affaires

– Entre 2015 et 2016, le groupe passera de 4,5 à 7 millions d’euros de chiffre d’affaires.

– À l’horizon 2020, il devrait flirter avec les 15 millions de ca. Ses futurs 200 franchisés devraient réaliser de leur côté 100 millions.

Franchises

– Droits d’entrée : de 20 k€ à 30 k€. Tarifs dégressifs à partir du 2e club.

– Redevance : 4 % du ca annuel HT + 1 % pour la publicité nationale.

– Internet et service Web : 190 €/mois.

– Investissement : entre 370 k€ et 700 k€ avec un apport de 75 k€ à 100 k€.

– Matériel Matrix : 150 k€ à 250 k€ en leasing.

– Chiffre d’affaires : de 500 k€ à 1,5 million d’€/an.

– Bénéfices : de 50 k€ à 200 k€/an.

Profil recherché

– Professeur de fitness, ou exploitant indépendant.

– Reconversion professionnelle, ex-salarié, sportif de haut niveau…

– Investisseur : déjà en exploitation de PME ou commerce ou cherchant à se réorienter dans une activité porteuse de valeur.