Philippe HERBETTE, le nouveau visage de MOVING

Philippe HERBETTE, le nouveau visage de MOVING

SELF-MADE-MAN ET COMPÉTITEUR DANS L’ÂME, PHILIPPE HERBETTE prend le contrôle du groupe Moving et de ses cinq marques qui rassemblent 400 000 adhérents.

Au cours de cette interview exclusive, il confie vouloir donner un nouveau souffle à Moving.

Propos recueillis par Thomas PONTIROLI

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Pouvez-vous nous décrire le détail de l’opération ?

Suite à son départ en retraite, l’ancien président du groupe Moving, Charles Ellia, a souhaité revendre ses parts. Il se trouve que je les ai rachetées, ce qui représente 60 % des parts sociales du groupe. Les parts restantes (40 %) sont détenues par le fonds Développement & Partenariat, qui était entré au capital en 2009 à hauteur de 4 millions d’euros. Aujourd’hui encore, il nous encourage et nous soutient si besoin.

Comment se sont déroulées les négociations ?

Lorsque Charles Ellia a annoncé qu’une reprise se profilait, il en a parlé à ses proches (dont Philippe Herbette, ndlr). Je pense que Moving était suffisamment attractif pour que l’on se passe d’appel d’offres. La décision de vendre le groupe s’est faite assez tardivement, mais tout est allé très vite ensuite. Je lui ai fait une offre, un audit a suivi durant l’été, nous avons négocié et puis j’ai signé début septembre.

Quel montant représente cette reprise du groupe ?

Comme vous l’imaginez, une clause de confidentialité m’empêche de le divulguer.

Quelle est la situation financière de Moving en 2015 ?

L’année n’est pas terminée mais nous prévoyons déjà de réaliser une croissance de l’ordre de 5 à 10% comparé à l’exercice 2014, où notre chiffre d’affaires était de 108 millions d’euros. Nos cinq marques ne contribuent d’ailleurs pas de la même façon au dynamisme du groupe : les Clubs Moving ralentissent alors que les low cost – Fitness Park by Moving et Moving Express – tirent la croissance. La rentabilité est là, car il s’agit de mass market : comptez 6 à 12 mois pour rentabiliser une franchise.

Peut-on faire le point sur le nombre de franchises ?

Fitness Park by Moving est prédominant aujourd’hui avec 90 salles de remise en forme, devant Clubs Moving (60), Lady Moving (30), Moving Express (20) et Garden Gym (5). En 2015, 26 nouvelles franchises auront été ouvertes, et aussi à l’étranger.

Vous avez développé une stratégie internationale ?

Pas vraiment. Le développement dans d’autres pays se fait au travers de demandes de franchisés qui souhaitent s’y installer. Ce n’est donc pas une démarche volontaire de notre part. Mine de rien, nous comptons une dizaine de clubs dans des zones telles que les DOM-TOM et le Maghreb, ou l’Arabie saoudite et la Roumanie.

Sur le low cost, va-t-on vers une saturation du marché ?

Il est vrai que beaucoup de clubs se créent. En région parisienne, c’est même un par semaine… Mais si l’on regarde une photographie nationale, la saturation n’est pas pour demain. Il reste des développements à faire en Province pendant bien deux ans.

Avec des prix si bas, quelle est votre marge de manœuvre ?

D’abord, nous choisissons des zones de chalandise de minimum 50 000 habitants. Après, je constate que nous avons à peu près tous les mêmes prix et ils sont si bas, vous avez raison, qu’on ne peut plus les contracter face à la concurrence. Alors on essaie d’être plus performants sur le matériel, sur la qualité des prestations, sur les offres de coaching et le conseil commercial. Nous faisons du low cost haut de gamme.

Du «low cost haut de gamme», tous les opérateurs disent cela…

Le haut de gamme s’impose en général dans la société ! On veut de plus en plus de qualité, et payer de moins en moins. Regardez la téléphonie mobile, l’automobile… Nous, on offre de grands locaux (1000 m2 pour Fitness Park by Moving), ils sont climatisés, on y trouve du matériel Technogym qui est le meilleur, nos horaires sont larges (6 heures – 23 heures), enfin nos vestiaires sont confortables et nos douches agréables.

Mais avec 400000 adhérents, comment gérez-vous la densité ?

La densité d’abonnés rapportée au mètre carré ? On ne la calcule pas. Sur Paris, on pourrait ouvrir des clubs de 3000 m2 qu’on les remplirait tous. Notre Fitness Park à La Défense s’étend sur 1 000 m2 mais il y a une telle densité de population et une telle demande à cet endroit que nous avons dû créer des heures creuses afin de mieux répartir les abonnés sur la journée. Et surtout : nous limitons les nombres des inscriptions à 5000. Il y a donc parfois une liste d’attente, mais on sait l’absorber.

En 2015, Moving a 30 ans. Un bon âge pour se moderniser non ?

Cette année, cela fait également 30 ans que je pratique le fitness ! En effet, il est complètement temps de changer de positionnement. Le nom Moving est connu de tous, mais nous devons opérer un vrai virage. Notre principal défi est de moderniser.

Si vous deviez citer un défaut de Moving, quel serait-il ?

Vous voulez que je critique mes propres clubs ? La marque a beaucoup changé et a été refaçonnée sous l’effet du low cost. Et c’est grâce à cela que nous avons attiré autant de jeunes : les 20-25 ans sont ceux qu’on a le plus mis au fitness. S’ils viennent, c’est qu’ils aiment la musculation. On doit s’adapter à son époque.

Imaginez-vous les toucher via des canaux tels que YouTube ?

Il faut en effet communiquer avec les moyens modernes que sont les réseaux sociaux et YouTube. Tibo InShape est déjà venu dans l’un de nos clubs ! Aux jeunes, on ne va pas adresser de flyers… Nous avons embauché une experte en communication et spécialiste de la franchise (Georgia Cadudal) qui va plancher sur de nouvelles techniques. Et, oui, nous prévoyons d’approcher des YouTubeurs.

Beaucoup d’entre eux ont une approche «muscu». A-t-elle sa place ?

Vous parlez à un ancien culturiste compétiteur… La musculation occupe une place importante, car les jeunes aiment cela. Ils n’ont qu’une envie – la même que moi : avoir un corps musclé. Contrairement à avant, on va aujourd’hui vers une mode de modèles fitness, forgés avec des poids libres. Ces YouTubeurs inspirent nos jeunes.

Vous parlez modernisation mais qu’avez-vous derrière la tête ?

La modernisation, c’est vaste : cela concerne les méthodes d’entraînement qu’il faut sans cesse réadapter. Je pense par exemple aux concepts de micro-gym comme en propose LesMills. Nous n’allons pas créer de petits clubs dédiés, mais pourquoi ne pas en intégrer ces concepts à nos salles ? Sur la technologie, nous avons aussi une marge de progression. Je m’intéresse aux innovations de Technogym qui, avec son système Mywelness Cloud, propose un vrai suivi d’entraînement sur Internet.

Selon vous, comment va évoluer le marché du fitness ?

Ma vision est, qu’en France, il n’y a définitivement plus de place pour l’amateurisme. Pourquoi ? Parce que comme dit précédemment, les clients sont de plus en plus exigeants… alors que les prix sont descendus à un niveau plancher. Autrement dit : le secteur a besoin de bons financiers et de bons gestionnaires. Car les marges vont diminuer et pour rester dans la compétition, il ne faudra pas faire d’erreur. Et c’est une bonne chose : on aura des clubs plus beaux, plus performants, mieux équipés, etc. Le marché français va continuer à croître et toucher plus de monde.

QUI EST PHILIPPE HERBETTE ?

« Sportif avant tout », Philippe Herbette commence la musculation à l’âge de 13 ans, pour « s’étoffer ». Nous sommes en 1986. « Je me suis pris au jeu, il y avait une bande d’amis avec qui je m’entraînais », se rappelle-t-il, 30 ans après. En 1989, au bout de trois ans à peine, il embraye sur une nouvelle aventure : la compétition de bodybuilding. Précoce !

Une carrière qui le mènera tout de même au titre de champion de France junior en 1993. Ce beau trophée en poche, le temps vient déjà de tourner la page.

Âgé de 22 ans, ce fils de commerçant « bénéficie de quelques conseils » de son paternel. Suffisant pour ouvrir son propre club. Un brin autodidacte, il se lance « seul avec des potes ». Après six mois de travaux, il implante sa salle, dans l’Oise, sur 300 m2. Son nom, un signe : Planète Forme. Comme une prophétie pour cet apprenti manager, alors loin de se douter qu’il régnera, plus tard, sur « la planète forme ».

Pour comprendre l’ascension de ce self-made-man, il faut prendre le temps d’écouter ses anecdotes. Celle-ci par exemple : « Pendant les travaux de mon premier club, je fermais les portes à 21 h 30, puis j’ouvrai mon lit de camps et j’y dormais. » La motivation et l’esprit de compétition chevillés au corps, il gravit les échelons en gagnant des clients grâce à sa bonne connaissance du fitness.

Un an et demi passe et, alors que beaucoup de managers se satisferaient du développement de leur entreprise – surtout à ce jeune âge –, Philippe Herbette décide d’ouvrir un autre club ! Dans l’Oise, toujours. C’est dans son caractère : « Quand j’ai débuté la musculation, je n’ai pas pu m’empêcher de faire de la compétition. Ce n’est donc pas étonnant que lorsque j’ai ouvert mon club, j’ai aussi voulu plus grand… »

Depuis 1994, sans diplôme particulier, Philippe Herbette ouvre des clubs de façon empirique et avec succès. En tout, il sort de terre 14 salles de remise en forme. Il les revendra. Indépendant, le manager se tourne vers Moving en 2010. Et un autre monde : celui de la franchise. Pourquoi ce virage ? Une intuition. « J’ai compris que tout le monde allait faire ça. » Pour aborder le long terme, il voulait un groupe fort.