Salon mondial BODY FITNESS 2016 « énorme et sec* »

Salon mondial BODY FITNESS 2016 « énorme et sec* »

Chaussez vos baskets, prenez votre serviette et laissez vos certitudes aux vestiaires sans oublier de verrouiller votre cadenas. Le nouveau fitness, jeune et connecté, est venu montrer ses formes au Salon Body Fitness 2016.

Thomas Pontiroli

Quiconque s’est rendu au salon Body Fitness de Paris ces 19, 20 et 21 mars 2016, n’a pas pu passer à côté : un vent nouveau souffle sur notre secteur. Sur le long tapis mécanique cheminant au traditionnel hall 6 de la Porte de Versailles, des bribes de discussions inhabituelles : “Regarde là-bas, c’est Tibo ?”, questionne un visiteur à son ami. À force, vous avez sans doute compris qu’il s’agissait du “youtubeur” Thibaud Delapart, dit “Tibo InShape”. Mais vous n’aviez peut- être pas mesuré son immense audience… essentiellement composée de jeunes excédant rarement la vingtaine… alors qu’on ne cesse de s’alarmer sur la sédentarité galopante de ces mêmes jeunes – les fameux “millenials” –, et qu’on croit les attirer en club en leur permettant de surfer sur Facebook pendant leur séance cardio… D’abord, eux, ont fui Facebook depuis longtemps, préférant le plus discret Snapchat, et ensuite, ils s’intéressent vraiment au fitness ! Sous toutes ses formes ! Avec Tibo, c’est la “muscu”. Avec Alex & PJ, c’est le “model fitness”. Marine Leleu est plus axée sur le fitness féminin, Bionic Body, le handisport… sans oublier la myriade d’autres jeunes s’emparant du sujet à leur manière, et fédérant chacun leur public. Eh bien un grand nombre d’entre eux était présent au salon.

Tibo Inshape

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Pour se rendre sur le podium au fond du hall 6, samedi, il fallait compter 30 minutes – sans bousculer violemment tout le monde. Au stand MyProtein, c’était séance de dédicaces avec Tibo InShape, au point qu’il dut parfois poursuivre dehors, car la situation devenait invivable. C’est simple, il y a exactement dix ans, l’auteur de ces lignes était au Top de Colmar où il lui a fallu moins de temps pour obtenir un selfie avec… Ronnie Coleman – le plus grand bodybuilder de l’histoire – qu’avec Tibo InShape, ce qui s’avéra d’ailleurs simplement… impossible.

À quelques mètres, les Lyonnais Alex & PJ mettaient le feu sur le stand Fitness Boutique, galvanisant la foule en délire (oui oui !) sur fond de musique techno. “On leur avait dit à l’organisation qu’il y aurait au moins 2500 fans, mais ils n’ont pas voulu nous croire”, souffle l’agent de Tibo InShape, entre deux distributions de T-shirts floqués “Je peux pas j’ai muscu”. Oubliez les T-shirts de marque… on ne comptait plus les jeunes arborant la baseline du youtubeur d’Albi “Énorme et sec”. Preuve, s’il en fallait, que ce jeune public ne vient pas “à la salle” pour surfer sur Facebook. Preuve aussi du second souffle de la muscu… que vous êtes nombreux à bouder.

OPA marketing

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Il faut signaler le coup de génie de MyProtein. Celui-ci a signé une véritable OPA sur les youtubeurs, dont l’énumération serait trop longue, mais dont la liste compte Tibo InShape et son désormais… million d’abonnés. Après un long travail de placement produit dans les vidéos – ce que la DGCCRF**, attention, a décidé d’épingler à compter de mars –, et des réductions de 10% pour les fans tout au long de l’année, l’armada marketing a conclu en beauté au Salon Body Fitness : une fois les séances photo terminées, la marque offrait des échantillons et des shakers, en échange… de son adresse e-mail. En trois jours, la file – de jeunes – n’a jamais désempli. Autant dire que la base “opt-in” – soit les e-mails d’individus ayant consenti à recevoir des messages commerciaux – de MyProtein a réussi sa prise de masse. Il y a dix ans, c’est le BSN de “Big Ron” que l’on s’arrachait.

Boîte de jour

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Une fois traversée cette foule “énorme et sèche” – quoique moite en réalité –, on pouvait accéder à l’une des entrées menant au hall 8 où s’offrait un véritable spectacle… D’abord, les conventions Reebok et Les Mills qui ont rassemblé des centaines de personnes venues transpirer en musique. Et pas des moindres. À l’accueil, un stand proposait des casques antibruit et des bouchons. “Avec ces nouveaux concepts de fitness, on atteint 90dB, c’est presque autant qu’en boîte de nuit”, commente la vendeuse. Il faut dire que les ateliers proches rivalisaient de musicalité. Et que de l’un à l’autre, s’improvisait un featuring d’un genre assez spécial. Au centre, les athlètes du CrossFit impressionnaient les spectateurs, alors qu’au fond, sur la scène géante, les conventions Leaderfit faisaient bouger un millier de participants sur trois jours, avec ses nouveautés.

Kuduro’fit, un nouveau concept de danse de groupe avec une composante fitness, Fightdo, autre nouveauté dérivée des mouvements de la boxe. Comme chaque année, la grille des cours collectifs se remodèle, mais il fallait jeter un œil du côté des machines pour voir les innovations les plus saillantes. Pour les absents, voir notre séance de rattrapage en page suivante…

L’avènement du functional training

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Il n’aura échappé à personne que les leaders du marché comme Matrix avec Connexus, Life Fitness avec Synrgy, Precor avec Queenax, Incept avec Aerobis et bien d’autres marques encore de cages et de concepts functional comme Planet Fitness et son HBX étaient extrêmement bien représentés au Salon. La demande en équipements d’entraînement variés a augmenté ces dernières années, le functional training étant aujourd’hui une méthode d’entraînement incontournable, et promue dans les vidéos des célèbres youtubeurs… Et ça s’est vu !

4 nouveautés qu’il ne fallait pas manquer

Prix : 7000€

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Hitech-Fitness continue d’innover en lançant le NXC-S, de la gamme Nexersys. Aucune autre machine de musculation ou de cardiotraining ne ressemble à cet engin, qui se présente comme un “partenaire de boxe et de MMA”. Si l’appareil propose des coussins en mousse, au nombre de 7, ce n’est pas pour se reposer, mais bien pour frapper dessus. Angle de frappe, précision et puissance, tout est mesuré par des puces accéléromètres (comme dans nos smartphones). Une tablette tactile géante au centre affiche une silhouette dont les zones touchées s’animent en temps réel. Une centaine de programmes sont prévus, avec trois niveaux de difficulté. Hitech-Fitness a même eu la malice de prévoir un mode libre consistant à juste mettre une “dérouillée” à son sparing partner… Comme dans un jeu vidéo, sa couleur passe du vert au orange, etc. Mais attention à ne pas frapper trop fort, sinon l’appareil se bloque. Ce n’est pas un punching-ball de fête foraine !

Prix : 270 € HT par mois

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La start-up Holodia a profité du Salon Body Fitness 2016 pour donner le coup d’envoi à son masque de réalité virtuelle (lire Fitness Challenges de janvier 2016, p. 52). Pour y parvenir, elle a réussi à lever 300 000 euros, et envisage de lever 2 millions. C’est que les contrats commencent à se multiplier : de grands palaces ont déjà signé, de même que le groupe AccorHotels, un spécialiste des villages vacances, et plusieurs grandes franchises du fitness se sont montrées très intéressées. Holodia, le prochain produit à la mode ? Le timing est parfait pour la jeune société, qui se lance exactement en même temps que les masques dédiés aux jeux vidéo (Oculus Rift, HTC Vive qui équipe Holodia). Les fabricants aussi se remuent : Technogym et LifeFitness ont certifié leurs vélos et rameurs, Panatta et Matrix devraient suivre. La société pense proposer des corners “salle d’arcade”, avec une facturation à la séance. Mais ne vous méprenez pas : cette technologie attire aussi les seniors. L’un d’eux, de 75 ans, ne voulait plus quitter la machine !

Prix : 7800€

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Le constructeur italien se lance dans le tapis de courses non motorisé avec Skillmill, un tapis dont la résistance s’adapte à l’effort fourni par le sportif. L’effort peut être doux, progressif, ou hyperintense, et tout en force. Déplacez- vous vers l’avant de la surface de course pour accélérer ou vers l’arrière pour ralentir. Grâce à plusieurs positions des mains et des épaules, on peut incliner son buste comme un rugbyman dans une mêlée, et travailler en puissance. Une nouvelle façon de travailler qui fait l’impasse sur le moteur, mais pas sur la technologie. L’appareil est en effet entièrement connecté. Une console au centre de l’appareil permet aux utilisateurs de contrôler les données, de suivre et d’enregistrer les paramètres de leurs séances d’entraînement et lire leurs résultats via la plate-forme cloud ouverte mywellness. Dernier point que met en avant Technogym, et pas des moindres pour ce genre d’appareil : l’absence de moteur serait le gage d’une meilleure durabilité.

Prix : 950 € HT

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Le vélo de spinning Monsterbike a été lancé discrètement sur le marché à la fin de 2015, mais c’est au Salon Body Fitness qu’il a été présenté pour la première fois… et il a fait un carton, avec la commande de près de 3 000 vélos en 3 jours ! Ce qui séduit les clubs ? Incontestablement le prix, ramené à 950 € HT l’unité, mais comme l’on achète rarement qu’un vélo, le prix tombe à 760 € pour 20 vélos.

Mieux : le Monsterbike est proposé en leasing au prix fou de 378 € par mois pour un parc de 20 appareils, et une durée de 48 mois – l’option d’achat est fixée à 3 % du prix du neuf. Pour atteindre un tel prix, la société mise sur une usine en Chine, mais dit ne pas lésiner sur la qualité, avec de l’Inox omniprésent. Et une conception pertinente : le vélo est entièrement caréné, évitant que la sueur – bête noire des vélos de spinning – ne rouille prématurément la roue. Prochain défi : créer des vélos en aluminium. Les plus perspicaces auront remarqué que Monsterbike empreinte son nom ainsi que son vert vitaminé, à la boisson énergisante Monster.

* Phrase récurrente du youtubeur Tibo InShape. ** Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

L’œil de Philippe Goethals, Fondateur de Body Fitness

Philippe Goethals, commissaire général, organisateur et créateur du Salon, partage avec nous ses retours sur l’édition 2016, et annonce son départ en retraite.

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– Comment expliquez-vous le succès du Salon Body Fitness ?

Je pense que le mélange du public professionnel et des utilisateurs est un modèle qui a prouvé sa pertinence au fil des années. Pour les commerciaux, c’est peut-être dur parfois, surtout le samedi et le dimanche lorsque le grand public s’empare du salon, mais la mayonnaise a pris en raison d’une chose : les utilisateurs, ce sont les meilleurs prescripteurs. Lorsque vous avez une négociation commerciale et qu’à côté, des personnes utilisent les appareils et partagent leurs remarques, ils peuvent avoir une vraie influence. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est humain.

– Quels sont les changements que vous observez cette année ?

Nous sommes dans un marché en pleine mutation. Les fabricants sont en train de s’adapter au numérique, avec des appareils toujours plus connectés, qui collectent des données d’entraînement et servent à animer les clubs. Il y a aussi le phénomène des youtubeurs, qui me passionne. Dans ce contexte mouvant, les mentalités doivent évoluer, même si cela implique parfois de faire des concessions. Car en définitive, on n’imposera rien au public ! C’est lui qui décide. Par exemple, les réseaux sociaux sont au centre de leur vie aujourd’hui. Il faut y être présent.

– Sur ce terrain, que peuvent les fabricants exposant au salon ?

Ils doivent parler aux clients finaux ! Vous savez, le client d’une paire de baskets, c’est le commerçant, pourtant, les marques communiquent auprès de ceux qui les portent… Pourquoi ne ferait-on pas de même dans le fitness ? Les fabricants devraient parler aux utilisateurs, et épauler les salles dans leur communication. Ils doivent montrer – grâce à Internet, etc. – ce que leurs machines permettent de faire.

– Comment voyez-vous l’innovation technologique dans le fitness ?

Dans ce sport, il y a beaucoup de personnes qui croient tout savoir, mais s’écouter permettrait d’aller plus loin. Les vraies nouveautés, comme les montres connectées, ce n’est pas le secteur qui les a inventées, ce sont des tiers : Apple, Google… Même si des acteurs comme Garmin ont ensuite bien emboîté le pas. Aujourd’hui, l’heure est à la complémentarité entre les écosystèmes. Qu’on le veuille ou non, il faut s’adapter.

– Le marché ne cesse d’évoluer, mais dans quelle direction ?

Le fitness est en train de s’ouvrir, de s’éclater. Si l’on s’arrête aux 3 500 clubs privés, ce n’est pas l’entièreté du marché : ce n’est que la tête de gondole. La partie émergée de l’iceberg est dans l’associatif, les hôtels, les entreprises, les campings… On pratique le fitness dans de plus en plus de structures. Il prend aussi de nouvelles formes, si bien que le terme fitness me paraît vieillot. Quand on demande à une personne si elle fait du sport, elle répond souvent “non, je m’entraîne un peu”, ce qui veut dire que, pour moi, un nouveau mot reste à trouver.

– Que prévoyez-vous pour la 30ème édition du salon en 2017 ?

On va tout changer ! D’abord, je vais prendre ma retraite après 29 ans de service, mais je resterai dans le conseil. 30 ans, c’est l’âge où l’on avance dans la vie. Nous garderons les halls 6 pour les exposants et 8 pour les conventions, mais je vais tenter d’obtenir un autre hall pour plus de conventions, car il n’y a plus de place. Samedi, nous avons comptabilisé 20 000 entrées en une journée ! Concernant les youtubeurs, que nous attendons encore plus nombreux, nous allons nous organiser avec les sponsors, car cela a fait défaut cette année. Les exposants ont manqué d’informations et ils n’étaient pas tous bien structurés pour accueillir un tel public.

– Comment espérez-vous que le salon évolue à l’avenir ?

Les salons fonctionnent toujours, car il y a une telle activité de prospection que les commerciaux vivent six mois avec ça. Mais même si la clientèle est énorme, cela reste un marché de niche. Nous n’avons que 100 exposants ! Il devrait y avoir des enseignes de grande distribution, des fournisseurs de matériel grand public, de l’alimentaire, des marques de boisson énergisante… mais ils préfèrent viser le grand public. Au Rimini Wellness en Italie (du 2 au 5 juin 2016), toutes les grandes marques seront présentes. Le fitness ne se résume pas au matériel professionnel.