Le 3 septembre prochain, un coup d’envoi sera donné à la Decathlon Arena de Villeneuve-d’Ascq. Pendant un mois, 18 villes-étapes, deux territoires ultramarins, une Fête du Sport à Marseille, et un message martelé partout : 30 minutes de mouvement par jour. Derrière l’opération gouvernementale « Septembre Bouge », il y a un enjeu que nous, professionnels du fitness, ne pouvons pas laisser passer.
Je le dis depuis des années dans ces colonnes : la France compte 89 % d’adultes qui ne fréquentent pas un club de fitness. C’est notre océan bleu. Et voilà que l’État lui-même vient de poser, noir sur blanc dans son dossier de presse, les chiffres qui justifient notre existence : 95 % de la population adulte exposée à une fragilité sanitaire liée au manque d’activité physique, 7 heures de sédentarité en moyenne par jour, 38 000 décès et 62 000 pathologies évitables chaque année, pour un coût social de 140 milliards d’euros. Et 73 % des 11-17 ans qui n’atteignent pas les seuils recommandés par l’OMS.
Ces chiffres, ce ne sont pas des statistiques abstraites pour think tank. Ce sont nos futurs adhérents. Ce sont les arguments que nous devons désormais pouvoir citer face à un banquier, un élu local ou un partenaire santé qui doute encore de la légitimité de notre secteur.
Une opération d’ampleur inédite
Portée conjointement par Stéphanie Rist (Santé) et Marina Ferrari (Sports), « Septembre Bouge » s’inscrit dans la Stratégie nationale Sport-Santé 2025-2030 et surtout dans l’héritage revendiqué des Jeux de Paris 2024. L’ambition affichée : faire de septembre le « mois sans tabac » de l’activité physique, un rendez-vous annuel qui s’installe durablement dans le calendrier, entre rentrée scolaire et reprise des saisons sportives.
Ce qui doit nous intéresser en priorité, c’est la liste des partenaires officiels. Basic-Fit, leader des chaînes de fitness en France avec plus de 900 clubs, est partenaire officiel de l’opération, aux côtés de Decathlon et du Groupe VYV. Ce n’est pas un hasard : c’est la reconnaissance, au plus haut niveau de l’État, que le fitness marchand fait partie intégrante de l’écosystème sport-santé. Basic-Fit anime, avec VYV et Decathlon, l’espace « Bouge » de chaque village sport-santé installé dans les 18 villes-étapes. Si une enseigne peut s’y positionner, toutes les nôtres le peuvent aussi, à leur échelle locale.
Car le dispositif ne se limite pas à la tournée nationale. Le ministère lance une campagne de recensement ouverte à tous les clubs, associations, collectivités et entreprises, pour valoriser sur une carte interactive tous les événements organisés en septembre. Quatre critères seulement : sportif, festif, gratuit, inclusif. C’est sur sports.gouv.fr, et c’est gratuit. Autrement dit : n’importe quel club indépendant peut, dès aujourd’hui, inscrire une porte ouverte, une séance découverte ou un mini-événement dans cette dynamique nationale, et bénéficier d’une visibilité qu’aucun budget marketing local ne permettrait d’obtenir seul.
Le réseau des 589 Maisons Sport-Santé
Autre donnée stratégique du dossier : la France compte désormais 589 Maisons Sport-Santé, couvrant 100 % des départements hexagonaux et ultramarins. Entre 2020 et 2025, près de 1,5 million de personnes y ont reçu un conseil, et plus de 935 000 ont été orientées vers un parcours d’activité physique adapté.
Voilà un vivier de primo-pratiquants et de patients en délégation médicale que trop de clubs continuent d’ignorer, faute de contact ou de conventionnement. Les Maisons Sport-Santé cherchent des structures d’accueil pour orienter leur public vers une pratique adaptée et pérenne. Un club capable de proposer un accueil encadré, une évaluation initiale sérieuse et un vrai suivi a toute sa place dans ce maillage. « Septembre Bouge » est l’occasion, pour les managers qui ne l’ont pas encore fait, de prendre contact avec la Maison Sport-Santé de leur territoire avant la rentrée.
Trois défis officiels
Le dossier de presse résume l’ambition de l’opération en trois défis : faire du sport un outil de prévention, ancrer une pratique régulière et durable, faire perdurer l’héritage des Jeux dans tous les territoires. Du côté des managers de clubs, la question est plus opérationnelle : comment transformer cette exposition médiatique nationale — France Télévisions diffusera les spots de la campagne tout l’été sur l’ensemble de ses antennes, L’Équipe, Notre Temps ou La Tribune Dimanche relaieront l’opération — en visites, en essais, en adhésions ?
Voici trois leviers concrets à activer dès maintenant :
1. S’inscrire sur la cartographie nationale. Une porte ouverte, un cours collectif gratuit, une séance d’initiation : le format importe peu, l’essentiel est d’apparaître sur la carte officielle et de capter le trafic de recherche que « Septembre Bouge » va générer localement, notamment chez les 18-44 ans, population la plus sédentaire selon l’ANSES (42 % passent plus de 8 heures par jour assis, contre 31 % chez les 45-64 ans).
2. Reprendre le message des « 30 minutes par jour ». C’est simple, c’est martelé par tous les ministères et fédérations, et c’est exactement l’argument qui désamorce la peur de la performance chez le non-pratiquant. Nos coachs et nos communications commerciales de rentrée ont tout intérêt à s’aligner sur ce message plutôt que d’insister sur la performance ou l’esthétique.
3. Se rapprocher des acteurs locaux du comité de pilotage. Le dossier liste des partenaires comme l’Assurance Maladie, la Ligue contre le cancer, la Fédération Française de Cardiologie ou l’Association des Maires de France. Ce sont, à l’échelle départementale, des interlocuteurs pour construire des passerelles de prescription — sport-santé sur ordonnance, parcours post-cancer, prévention cardio-vasculaire — qui fidélisent bien au-delà d’un mois d’opération.
Un rendez-vous appelé à durer
La Fête du Sport, point d’orgue de « Septembre Bouge » le 14 septembre, avait réuni plus de 5 000 événements et 140 000 participants sur le seul Boulevard du Sport parisien lors de sa première édition. Cette deuxième édition se veut plus large encore, avec un événement national organisé sur le Vieux-Port de Marseille. Le message du CNOSF est clair : faire de ce rendez-vous un « équivalent de la Fête de la Musique », installé durablement dans le calendrier national.
Pour notre secteur, l’enjeu dépasse largement le mois de septembre. C’est la crédibilité de toute une filière qui se joue dans la capacité à s’associer publiquement à ce mouvement plutôt qu’à le regarder passer. Les clubs qui sauront se positionner dès cette première édition prendront une longueur d’avance, aussi bien en image qu’en flux de nouveaux pratiquants, sur ceux qui continueront à considérer le sport-santé comme une affaire de kinés et d’hôpitaux.
L’État nous tend la perche. À nous de ne pas la laisser tomber.

