Sport Santé sur Ordonnance

Sport Santé sur Ordonnance

L’ÉVOLUTION DE NOTRE SOCIÉTÉ nous amène bien souvent à négliger des aspects essentiels au maintien d’une bonne santé physique.

L’augmentation de l’obésité en france est un des indicateurs de la sédentarité et du manque d’activité physique de nos contemporains dans leur quotidien. Selon l’OMS, la sédentarité constitue la première cause de mortalité évitable.

Mourad BOUKHARI

DANS CE CONTEXTE, UNE PRISE DE CONSCIENCE ÉMERGE DES AUTORITÉS de l’État afin de remédier à cette problématique, notamment par l’amendement adopté dans la récente loi santé. Cette nouveauté permettra aux médecins de prescrire de l’activité physique aux patients souffrant de l’une ou plusieurs des trente affections de longue durée ciblées par les parlementaires. Il est désormais intéressant d’observer que le sport est enfin reconnu au plus haut niveau comme un moyen thérapeutique.

L’une des questions qui doit être posée maintenant concerne les modalités de mise en place de ce dispositif, et, notamment, qui prescrit ?

Initialement les médecins devraient participer à l’orientation des patients, mais sur quels critères vont-ils baser leurs préconisations ? Dans un second temps, quels vont être les relais sur le terrain et ceux-ci seront-ils de qualité puisqu’il ne s’agit plus d’activité physique préventive mais plus d’une prestation curative? L’éducateur sportif est-il compétent pour assurer ces prises en charge ?

Selon toute vraisemblance, il apparaît qu’une formation minimale sur le domaine du sport et de la santé suffirait pour pouvoir prétendre au statut de coach santé. Soyons attentifs à ne pas tomber dans la facilité en imaginant que ce type de formation pourrait suffire à mettre en place une prise en charge des personnes de façon qualitative.

Partant de ce constat, nous sommes en droit de poser la question de la formation initiale exigée pour que les éducateurs sportifs puissent participer de manière qualitative à ce nouveau dispositif. Faut-il être titulaire d’un diplôme d’État ou d’un diplôme universitaire ou bien devons-nous estimer que les diplômes d’États actuels répondent déjà à ces prérogatives ?

La labellisation des coaches santé et des structures d’accueil ?

Dans le cas de la ville de Strasbourg, un dispositif a été mis en place pour labéliser les structures sportives et les coaches. Bien qu’un grand nombre de questions doive encore être abordé, une commission d’experts s’est constituée, composée de représentants de la direction régionale de la Jeunesse, du Sport et de la Cohésion sociale, de la faculté des Sciences du sport, de la faculté de médecine, de l’Agence régionale de santé (ARS), et du Comité régional olympique et sportif Alsace. Le but de cette commission est d’évaluer les dossiers de recevabilité des candidats à la labellisation sport santé. Elle a le mérite de travailler à instaurer un niveau de compétence des éducateurs qui devrait être compatible avec les nouvelles missions qui vont leur être confiées. Par conséquent, restons vigilants sur ce marché en construction qui voit émerger des organismes qui labélisent en proposant des prestations payantes et qui n’ont actuellement aucune légitimité puisqu’ils n’ont été nommés ni par une instance nationale ni par un groupement de santé publique reconnu.

Quelles seraient les activités proposées aux patients ?

Il est bon de s’intéresser à cette partie que nous devons considérer comme essentielle pour une prestation de qualité. En effet, chaque patient atteint d’une pathologie spécifique devrait pouvoir bénéficier d’une prise en charge adaptée, en réponse aux besoins spécifiques et aux limites fonctionnelles imposées par la pathologie. Nous pouvons donc imaginer sans difficulté qu’une personne atteinte de troubles métaboliques associés à un diabète de type II devrait avoir un programme et une prestation différents de ceux d’une personne atteinte de polyarthrite rhumatismale ou d’une personne atteinte de fibromyalgie.

Au risque d’exprimer une opinion à contre-courant, l’activité physique n’engendre pas systématiquement des bienfaits mesurables sur la santé des pratiquants. Au contraire, les exemples sont nombreux qui indiquent même des effets délétères lorsque la pratique n’est pas adaptée aux besoins et aux possibilités des patients. Dans le domaine du sport santé, ce message doit impérativement être relayé massivement à tous les étages du dispositif du prescripteur au pratiquant, en passant par l’éducateur qui va jouer un rôle central. Sous réserve que l’activité physique soit adaptée qualitativement et quantitativement aux pratiquants, a fortiori pathologiques, il est alors possible d’observer des effets favorables sur la santé en améliorant un grand nombre de fonctions vitales.

Évitons donc la standardisation d’un programme unique, appliqué pour tous et qui ne répondrait au mieux que de façon partielle aux besoins des patients demandeurs.