40 000 $ pour vivre plus vieux : le fitness a changé de métier

Aux États-Unis, Equinox vend un programme longévité à 40 000 dollars par an, et la liste d’attente dépasse les 1 000 personnes. Mark Wahlberg prépare déjà la version « accessible ». Le fitness est en train de devenir une offre de santé, et les clubs français qui ne prendront pas ce virage risquent d’être dépassés.

Le pari fou d’Equinox

Quarante mille dollars. C’est le prix d’une voiture neuve, ou d’une année d’études dans une grande école américaine. C’est aussi le prix d’Optimize by Equinox, le programme longévité lancé il y a plus d’un an par l’enseigne de luxe new-yorkaise. Le programme coûte 3 000 dollars par mois, avec un engagement minimum de six mois, en plus de l’abonnement au club.

Le contenu est à la hauteur du prix : plus de 100 tests biologiques réalisés avec la start-up Function Health, du coaching personnel haut de gamme, un suivi de la nutrition et du sommeil, des massages et un « health concierge » dédié. Les recherches montrent d’ailleurs que seulement 2h de musculation par semaine suffisent pour vivre plus longtemps, ce qui interroge sur la réelle valeur ajoutée de tels programmes à prix exorbitants.

Beaucoup pensaient que l’offre ne trouverait pas preneur. C’est l’inverse qui s’est produit : selon CNBC, plus de 1 000 personnes attendent une place. Harvey Spevak, président exécutif d’Equinox, parle d’une demande « insatiable ».

Equinox ne vend plus des mètres carrés et des machines. Il vend des années de vie en bonne santé.

On aurait pu y voir un caprice de millionnaires. Mais la tendance descend déjà vers le marché de masse. En décembre, Mark Wahlberg ouvrira dans le Nevada le premier club Municipal, en partenariat avec EōS Fitness. Ce club d’environ 3 000 m² comprendra du matériel haut de gamme, un espace de thérapie chaud-froid et un café. Surtout, il proposera des bilans sanguins, des tests épigénétiques et des traitements hormonaux, à un prix que l’acteur annonce inférieur à celui de la concurrence.

Le message est clair : la longévité ne doit plus être un luxe réservé aux plus riches. Les opérateurs HVLP (High Value Low Price) veulent récupérer tous les consommateurs qui ne peuvent pas s’offrir les cliniques premium. Entre Equinox au sommet, Life Time et ses clubs « tout compris », et Municipal sur le segment accessible, le modèle de la salle-clinique se met en place à tous les niveaux de prix. Ce phénomène rappelle la trajectoire de certains complexes aquatiques généralistes qui se réinventent dans un corps de jeune pour rester compétitifs.

La vraie question n’est plus de savoir si le fitness deviendra une offre de santé, mais quand, et avec qui.

Et en France, ça arrive. Doucement, mais ça arrive. La Maison Epigenetic, par exemple, vient d’ouvrir son deuxième centre à Cannes, positionnée sur le bilan épigénétique et le suivi longévité. Ce type d’acteur trace la voie d’un modèle hybride entre le club et la clinique, adapté au cadre réglementaire français.

Soyons lucides. Avec un taux de pénétration d’environ 11 %, près de 9 Français sur 10 ne fréquentent toujours aucun club. Pendant des années, notre secteur s’est surtout battu sur le prix, la surface et le nombre de machines. Les Américains, eux, ont compris que le vrai produit n’est pas l’accès à une salle : c’est l’espérance de vie en bonne santé. La montée en puissance des salles de fitness 24h/24 en France illustre bien cette course à l’accessibilité qui, seule, ne suffira plus.

Il faut évidemment tenir compte des réalités françaises. Ici, un club ne peut pas jouer au médecin. Les analyses biologiques, l’interprétation des résultats et à plus forte raison les traitements hormonaux relèvent du cadre médical. Mais c’est justement là qu’il y a une opportunité : les clubs qui s’associeront à des professionnels de santé, à des laboratoires ou à des solutions de bilans biologiques orientés longévité — comme LUCIS — prendront une longueur d’avance. C’est précisément ce que décrit l’émergence d’une plateforme de fitness et santé préventive qui concurrence directement les clubs traditionnels.

Le sport-santé est le véritable océan bleu du marché. Les seniors actifs, les cadres soucieux de leur santé, les patients atteints de maladies chroniques et les personnes sédentaires qui « savent qu’il faudrait s’y mettre » forment le marché invisible. Ces publics ne poussent pas la porte d’un club pour soulever de la fonte. Ils viendront pour vivre mieux et plus longtemps, à condition qu’on leur propose un parcours, un suivi et des résultats mesurables.

Pas à 40 000 euros. Pas avec des hormones. Mais avec de l’évaluation fonctionnelle, des coachs formés au sport-santé, des partenaires médicaux et un vrai suivi dans la durée. Des disciplines comme le Pilates appliqué aux douleurs dorsales, véritable atout incontournable des clubs de fitness, montrent qu’il est possible de structurer des offres thérapeutiques crédibles sans sortir du cadre réglementaire. Le modèle existe en creux, entre les lignes de ce que font déjà les meilleurs opérateurs français sur les segments senior et bien-être.

Ce qui manque, c’est l’ambition de le structurer en offre commerciale lisible, scalable et différenciante. Les franchiseurs qui codifieront ce modèle en premier auront une décennie d’avance. Les clubs indépendants qui oseront des partenariats médicaux locaux créeront une barrière à l’entrée que le low-cost ne pourra jamais franchir.

Les clubs qui oseront ce virage changeront de métier.