Le secteur mondial du fitness perd l’une de ses figures tutélaires. Leslie Roy Mills, né le 1er novembre 1934 à Auckland et décédé le 29 juin 2026 à l’âge de 91 ans, laisse derrière lui une empreinte que peu d’entrepreneurs peuvent revendiquer : avoir transformé une salle de sport en mouvement planétaire.
D’athlète olympique à entrepreneur visionnaire
Avant d’être un nom de marque, Les Mills était un corps. Quatre participations aux Jeux olympiques — Rome 1960, Tokyo 1964, Mexico 1968, Munich 1972 — dans les épreuves de lancer du poids et du disque. Une médaille d’or aux Jeux du Commonwealth en 1966 à Kingston. Un gabarit hors norme : 1,88 m pour plus de 120 kg en compétition.
C’est cette légitimité athlétique qui fonde tout le reste. En 1968, alors qu’il concourt encore sur la scène internationale, il ouvre avec sa femme Colleen le Les Mills World of Fitness à Auckland. Le pari est audacieux : convaincre le grand public que la salle de sport n’est pas réservée aux bodybuilders et aux élites sportives.
Ce pari, on le sait aujourd’hui, était juste. Mais en 1968, c’était une rupture culturelle majeure, une capacité à réinventer les codes du fitness que la marque n’a jamais cessé de cultiver.
Une conviction qui a redessiné l’industrie
La philosophie de Les Mills tient en une phrase restée au cœur de l’ADN du groupe : aider les gens à tomber amoureux du fitness. Derrière cette formule simple se cache un positionnement stratégique que beaucoup d’opérateurs français peinent encore à incarner — l’accessibilité émotionnelle du sport, pas seulement sa dimension fonctionnelle.
C’est son fils Phillip Mills et sa belle-fille Jackie qui ont industrialisé cette vision en créant Les Mills International, la machine à programmes de cours collectifs qui alimente aujourd’hui plus de 20 000 clubs dans plus de 100 pays. BodyPump, BodyCombat, Les Mills Yoga, et le récent Les Mills Ceremony, nouveau cours de circuit training lancé pour enrichir les plannings : autant de formats qui structurent les plannings de milliers de salles françaises chaque semaine.
Phillip Mills résume ainsi l’héritage paternel : « Le fil conducteur de toute sa vie — dans le fitness, en politique, en famille — c’était l’envie d’aider les autres. »
Ce que son parcours dit au marché français
Pour les exploitants et franchiseurs hexagonaux, la trajectoire de Les Mills est une étude de cas en soi. Il n’a pas créé une marque : il a d’abord créé une culture d’entraînement, adossée à une crédibilité sportive irréfutable, avant de la scaler via une génération suivante.
Le marché français du fitness, qui compte environ 4 200 clubs et quelque 6 millions de pratiquants réguliers, s’appuie massivement sur les programmes Les Mills International pour structurer son offre de cours collectifs. La dépendance à ces formats — et leur capacité à fidéliser les adhérents — est un sujet que tout directeur de club connaît bien, comme en témoignent les chiffres du marché fitness UK 2026 qui illustrent cette dynamique à l’échelle européenne.
La question que pose indirectement ce décès : combien d’opérateurs français ont su, comme Les Mills l’avait fait en 1968, construire leur propre culture de salle plutôt que de simplement distribuer celle des autres ?
Maire, bâtisseur, philanthrope : l’homme au-delà du business
La trajectoire de Les Mills déborde largement du secteur du fitness. De 1990 à 1998, il a exercé trois mandats de maire d’Auckland, pilotant des projets d’infrastructure urbaine et de développement sportif à l’échelle d’une métropole. Une preuve que la conviction selon laquelle l’activité physique peut être un levier de transformation sociale n’était pas chez lui un argument marketing, mais une conviction profonde — une problématique que L’Orange Bleue, en préparant la succession de son fondateur, illustre également à sa manière dans le paysage français.
Reconnu MBE en 1973 pour services rendus au sport, puis Companion of the New Zealand Order of Merit en 2002, il a été intronisé en 2022 au New Zealand Business Hall of Fame aux côtés de Phillip et Jackie Mills. Trois générations, une même ambition.
Un héritage vivant dans les plannings de cours du monde entier
Les Mills ne dirigeait plus les opérations depuis longtemps. Mais son nom continuait d’apparaître chaque semaine sur des milliers d’écrans et d’affiches dans des clubs à Paris, Lyon, Bordeaux ou Marseille. C’est la définition même d’un héritage opérationnel.
La troisième génération — Diana Archer Mills et Les Mills Jnr — est déjà aux manettes. Le groupe a su opérer sa mue numérique avec Les Mills+, sa plateforme de fitness en ligne, tout en maintenant le déploiement B2B en clubs, et en continuant d’innover sur les formats physiques comme avec la nouvelle génération de Step lancée par Les Mills. La continuité semble assurée.
Il reste que la disparition d’un fondateur de cette stature rappelle une vérité simple à toute l’industrie : les marques qui durent sont celles qui ont été construites sur des valeurs, pas sur des tendances. Les Mills l’avait compris avant tout le monde.
Leslie Roy Mills CNZM MBE — 1er novembre 1934 – 29 juin 2026.



