TRX vise le grand public…

TRX s’apprête à inonder les rayons de la grande distribution. La marque californienne, icône du training en suspension dans les salles de sport professionnelles, annonce son entrée massive dans le canal retail dès cet automne — 25 000 points de vente, un partenaire industriel dédié, une gamme entièrement repensée pour le grand public. Pour les exploitants de clubs français, la question se pose sans détour : faut-il y voir une menace commerciale ou un formidable levier de notoriété ?

Un pivot stratégique qui redistribue les cartes

Pendant plus de vingt ans, TRX a construit sa légitimité dans les gymnases, les centres militaires et les structures de haute performance. Trois millions de Suspension Trainers vendus, une présence dans plus de 50 pays, une caution scientifique solide avec des études peer-reviewed à l’appui. Le capital marque est réel, indiscutable.

Mais le fondateur Randy Hetrick, ex-Navy SEAL devenu entrepreneur, change de braquet. L’alliance nouée avec Blulabs — distributeur aguerri qui a accompagné Harley-Davidson, Skechers et Brookstone dans leur déploiement retail — n’est pas anodine. Ce n’est pas une simple extension de gamme. C’est un repositionnement structurel vers le marché de la consommation courante, dans un contexte où les américains en grande forme continuent de dicter les tendances mondiales du fitness.

Une gamme retail qui déborde largement du Suspension Trainer

La nouvelle ligne TRX pour le retail n’a plus grand-chose à voir avec la sangle iconique. On y trouve des kettlebells, mancuernes, kits Pilates, bandes élastiques, roues abdominales, cordes à sauter, mais aussi des dispositifs de massage par percussion, des foam rollers, des vêtements de sport et des sacs de training.

En clair : TRX se positionne désormais sur l’ensemble de l’écosystème fitness à domicile et récupération, un marché qui a explosé post-Covid et qui ne montre aucun signe de reflux. La récente acquisition de YBell confirme cette logique d’élargissement du portefeuille produit.

Pour les clubs, ce catalogue retail ressemble à s’y méprendre à ce que leurs adhérents achètent déjà en dehors de la salle. La concurrence indirecte devient directe.

Le risque : une cannibalisation de l’expérience club

Les exploitants le connaissent bien : un adhérent découvre le TRX en salle, l’achète en grande surface, s’entraîne chez lui, et réduit progressivement sa fréquentation. Le modèle hybride de pratique sportive — mi-club, mi-domicile — est déjà une réalité en France, avec des taux de fréquentation qui peinent à retrouver les niveaux d’avant 2020.

Rendre les outils du fitness fonctionnel aussi accessibles qu’une cafetière Nespresso en hypermarché, c’est accélérer cette tendance. Les clubs low-cost, dont le modèle repose sur le volume d’adhérents et la rétention, sont particulièrement exposés, d’autant que Basic-Fit devient la plus grande franchise en Europe en absorbant des concurrents pour consolider ses positions face à ces nouvelles pressions.

L’opportunité : jouer la carte de la prescription professionnelle

Il existe pourtant une lecture inverse, et elle mérite d’être défendue. Plus TRX sera visible en grande surface, plus la marque entrera dans la culture fitness du grand public français. Et plus un adhérent sera familier d’un équipement, plus il sera susceptible de chercher un encadrement professionnel pour en tirer le meilleur.

Les clubs qui ont su se positionner comme prescripteurs de pratique — et non simples loueurs d’équipements — ont tout à gagner d’une montée en notoriété des outils qu’ils utilisent déjà. Un coach qui maîtrise le Suspension Trainer TRX face à un adhérent qui en a vu la publicité à la Fnac : c’est une conversation qui s’engage naturellement.

La clé réside dans la valeur ajoutée pédagogique que le club apporte — quelque chose que le retail, par définition, ne peut pas vendre.

Enfin, la question de la distribution sélective en France reste ouverte. Blulabs opère principalement sur le marché nord-américain. L’implantation européenne, et française en particulier, dépendra des partenaires locaux choisis — grandes surfaces spécialisées, e-commerce, ou enseignes sport. Chaque canal aura un impact différent sur l’écosystème des clubs.

Au-delà de TRX, ce mouvement illustre une tendance lourde : les grandes marques d’équipement professionnel cherchent toutes à court-circuiter la chaîne de valeur traditionnelle pour accéder directement au consommateur final. Technogym, Life Fitness, Precor — chacune, à sa manière, explore le D2C et le retail.

TRX en grande surface, c’est finalement un révélateur. Les clubs qui auront su construire une proposition de valeur au-delà du matériel n’ont rien à craindre.