Compte Individuel Active : la PPL qui peut tout changer

Une proposition de loi. Quatre mots. Et potentiellement, le plus grand levier d’élargissement du marché fitness français depuis la création du pass Sport. Le député Stéphane Viry vient de déposer un texte visant à instituer le Compte Individuel Active (CIA) — un dispositif porté depuis plusieurs mois par Active-FNEAPL, la fédération nationale des exploitants d’activités physiques et de loisirs. Pour les opérateurs de clubs, c’est le signal qu’il fallait surveiller.

Ce que prévoit concrètement le Compte Individuel Active

Le CIA s’inspire directement du Compte Personnel de Formation (CPF) dans sa mécanique : chaque salarié disposerait d’un crédit mobilisable pour financer, en tout ou partie, une activité physique régulière encadrée par un professionnel diplômé. La pratique se déroule sur le temps personnel, dans le respect de la confidentialité et de la liberté de chacun.

Le financement serait mutualisé entre l’État, les assureurs, les employeurs et les salariés eux-mêmes, dans le cadre d’une démarche volontaire des branches et des entreprises. Pas d’obligation imposée, mais une architecture incitative pensée pour rendre la pratique accessible là où elle ne l’est pas encore.

Le co-signataire Jean-Carles Grelier renforce la portée politique du texte, qui a déjà été salué pour la qualité de ses travaux préparatoires par les parties prenantes consultées. Active-FNEAPL, qui porte la création du CIA, annonce qu’elle sera pleinement mobilisée pour accompagner les débats parlementaires.

L’équation économique qui rend le CIA difficile à ignorer

Le chiffre est brutal : l’inactivité physique coûterait entre 140 et 190 milliards d’euros par an à notre système de santé, selon les estimations disponibles. Arrêts maladie, pathologies chroniques évitables, hospitalisations — la sédentarité est un gouffre budgétaire documenté.

Face à cette réalité, financer partiellement un abonnement en club ou des cours collectifs n’est pas une dépense : c’est une économie de santé publique. La logique préventive qui sous-tend le CIA s’inscrit d’ailleurs directement dans la Stratégie nationale Sport-Santé 2025-2030, dont le contexte « Septembre Bouge » offre un terreau politique favorable au texte. Des initiatives comme le mouvement européen #BEACTIVE DAY illustrent d’ailleurs cette dynamique collective en faveur de la pratique physique.

Pour les assureurs et les mutuelles, l’argument est tout aussi solide. Un assuré qui pratique régulièrement coûte statistiquement moins cher. Le CIA crée les conditions d’un alignement d’intérêts entre acteurs de la santé et opérateurs du fitness — un alignement que le secteur réclamait depuis des années.

89 % des adultes hors des clubs : le marché invisible que le CIA peut activer

Voilà le chiffre que tout exploitant de salle connaît et que peu de politiques mesurent vraiment : 89 % des adultes français ne sont pas membres d’un club de fitness. Ce n’est pas un plafond de verre — c’est un mur structurel, dont l’une des pierres maîtresses s’appelle le financement perçu.

Beaucoup de ces non-pratiquants ne sont pas opposés à l’activité physique. Ils n’ont simplement jamais eu connaissance qu’un employeur, une mutuelle ou un comité d’entreprise pouvait contribuer à leur abonnement. Le CIA, s’il aboutit, ne déplacera pas des membres d’une salle à l’autre. Il créera les conditions pour que des millions de nouveaux pratiquants franchissent pour la première fois la porte d’un club — avec un premier ticket d’entrée partiellement financé.

C’est là la différence fondamentale avec les dispositifs existants. Le CIA n’est pas un outil de fidélisation. C’est un outil d’élargissement structurel de la base de pratiquants. Pour un marché qui stagne depuis des années autour de 6 millions de membres, le Compte Individuel Active comme levier de développement durable du fitness représente un enjeu considérable.

Où en est le texte législativement — et pourquoi ne pas attendre

Soyons clairs sur le calendrier : une proposition de loi déposée n’est pas une loi promulguée. Le texte doit encore franchir les étapes de la commission, des lectures, des éventuels amendements — un processus qui se compte en mois, parfois en années. Le parcours législatif français ne garantit rien avant le vote définitif.

Mais ce serait une erreur stratégique majeure d’attendre la promulgation pour agir. Les clubs qui auront, d’ici là, structuré leurs partenariats avec les médecins, les entreprises, les CE et les mutuelles disposeront d’une longueur d’avance décisive le jour où le CIA entre en vigueur. Ces relations prennent du temps à construire — et elles sont disponibles dès aujourd’hui, CIA ou pas.

Les dispositifs préexistants — pass Sport, prise en charge employeur, accords de branche, remboursements mutuelles — constituent déjà un écosystème partiel que trop peu de clubs exploitent pleinement. Le CIA ne part pas de zéro : il viendrait consolider et amplifier une architecture qui existe en pointillés.

Ce que les opérateurs doivent anticiper dès maintenant

La première priorité : identifier les interlocuteurs locaux. Médecins du travail, DRH de grands comptes, responsables de mutuelles régionales, gestionnaires de CE — ce sont eux qui, demain, orienteront leurs bénéficiaires vers les clubs référencés. Être référencé, ça se prépare en amont.

La deuxième priorité : former ses équipes au discours sport-santé. Un CIA ne fonctionnera que si les clubs sont capables de recevoir des publics éloignés de la pratique — sédentaires, seniors, personnes en situation de fragilité physique. Ce n’est pas le même accueil qu’un pratiquant régulier. C’est une montée en compétences à engager maintenant.

La troisième priorité : se positionner dans les débats. Active-FNEAPL sera en première ligne pour accompagner les travaux parlementaires. Les exploitants qui veulent peser sur la rédaction finale du dispositif — les critères de qualification des structures, les modalités de remboursement, les professions éligibles — ont intérêt à s’impliquer dans les instances représentatives du secteur sans attendre. Les orientations stratégiques du secteur pour 2025 tracent d’ailleurs une feuille de route claire pour ceux qui souhaitent s’engager.

Un signal politique fort pour un secteur qui attendait d’être reconnu

Au-delà du dispositif lui-même, le dépôt de cette proposition de loi envoie un signal que le secteur attendait : l’activité physique encadrée est enfin traitée comme un investissement de santé publique, et non comme un loisir optionnel. C’est un changement de paradigme qui prend du temps à s’installer dans les textes — mais il est en marche.

Pour les franchiseurs, les investisseurs et les grands réseaux, le CIA représente aussi une opportunité de repositionnement. Un club qui sait capter des flux issus de prescriptions médicales, d’accords d’entreprise ou de remboursements mutuelles, c’est un club dont le modèle économique est structurellement moins dépendant de la conjoncture et de la seule acquisition directe.

Le marché invisible du fitness français ne deviendra visible que si quelqu’un crée les conditions pour qu’il entre. Le Compte Individuel Active, s’il aboutit, pourrait être ce déclencheur. La question n’est pas de savoir si votre club sera prêt ce jour-là — mais si vous commencez à vous y préparer aujourd’hui.