La Gen Z ne fait pas du sport pour perdre du poids. Elle va en salle pour tenir debout. C’est, en substance, ce que révèle la dernière enquête menée par The Gym Group, l’une des principales chaînes de fitness low-cost britanniques, auprès de ses membres de la génération Z. Les résultats interpellent bien au-delà des frontières du Royaume-Uni : pour les exploitants français, ils dessinent le profil d’une clientèle qui redéfinit la valeur même d’un abonnement.
Une génération qui vient en salle pour sa santé mentale, pas pour son physique
Le chiffre qui frappe d’emblée : selon l’étude de The Gym Group, une large majorité des membres Gen Z interrogés citent le bien-être mental comme motivation principale de leur pratique en salle. Réduction du stress, gestion de l’anxiété, amélioration de l’humeur — autant de bénéfices qui dépassent largement la traditionnelle quête esthétique.
Ce n’est pas anodin. Pendant des décennies, le marketing du fitness a vendu du corps transformé. La Gen Z, elle, achète de la résilience psychologique. Pour un exploitant, ce glissement sémantique n’est pas qu’une nuance de communication : c’est une révolution dans la proposition de valeur à construire.
Les 18-27 ans décrivent la salle comme un espace de régulation émotionnelle, presque thérapeutique. Un tiers des répondants indiquent que l’entraînement est leur principal mécanisme de gestion du stress quotidien. C’est un rôle social que les clubs n’ont pas toujours su revendiquer — ni tarifer en conséquence. La convergence entre fitness et santé préventive ouvre d’ailleurs un nouveau front concurrentiel que les exploitants traditionnels ne peuvent plus ignorer.
La routine sportive comme ancrage identitaire
Au-delà de la santé mentale, l’enquête met en lumière une dimension identitaire forte. Pour la Gen Z, aller à la salle fait partie de qui ils sont, pas seulement de ce qu’ils font. L’appartenance à une communauté de pratiquants, la régularité de la routine, le sentiment de progression personnelle : ces éléments construisent une identité sportive solide, souvent affichée sur les réseaux sociaux.
Ce rapport à l’identité a des implications directes sur la rétention. Un membre qui se définit comme quelqu’un qui s’entraîne régulièrement résilie beaucoup moins facilement qu’un membre en quête d’un résultat ponctuel. Les exploitants qui comprennent ce mécanisme travaillent leurs parcours d’onboarding pour ancrer cette identité dès les premières semaines.
The Gym Group a d’ailleurs construit une partie de sa stratégie de fidélisation autour de cette logique : rendre visible la progression, célébrer les jalons, créer des rituels communautaires. Des pratiques que les clubs français, notamment dans le segment low-cost et mid-market, ont encore largement à développer. À l’international, des groupes comme le groupe qui détient OrangeTheory et Anytime Fitness ont fait de la culture de marque communautaire un pilier central de leur modèle.
Ce que la Gen Z attend concrètement d’un club
L’étude ne se contente pas de dresser un portrait psychologique. Elle liste des attentes opérationnelles précises que les 18-27 ans formulent vis-à-vis de leur club. Trois axes ressortent nettement.
Accessibilité et flexibilité tarifaire
La Gen Z est la génération la plus contrainte financièrement depuis les millennials. Le prix reste un critère déterminant, mais l’équation n’est plus simplement « le moins cher gagne ». Ces membres acceptent de payer davantage si la valeur perçue — en termes de bien-être, de communauté, d’équipements — est clairement démontrée. Le modèle sans engagement, popularisé par les chaînes low-cost, reste un prérequis non négociable. La question des salles de fitness ouvertes 24h/24 s’inscrit directement dans cette logique d’accessibilité maximale, particulièrement appréciée par une génération aux horaires atypiques.
Équipements fonctionnels et espaces de libre pratique
Contrairement aux générations précédentes très attachées aux cours collectifs programmés, la Gen Z plébiscite les zones de functional training, les espaces de mobilité et les équipements polyvalents. Elle est arrivée en salle avec des bases solides, construites via YouTube, TikTok et les applications mobiles. Elle sait ce qu’elle veut faire — elle a besoin de l’espace pour le faire. La qualité des équipements devient dès lors un argument différenciant, comme en témoigne le fait que Life Fitness soit désormais fournisseur mondial du groupe Hilton, signe que les standards d’équipement montent dans tous les segments.
Authenticité et absence de jugement
Le concept de « judgement-free zone », popularisé par Planet Fitness aux États-Unis, résonne particulièrement fort chez cette génération. L’atmosphère du club, la diversité des corps représentés dans la communication, la posture des coachs et du personnel d’accueil : tout est scruté. Un environnement perçu comme intimidant ou élitiste est éliminatoire, quel que soit le tarif.
Les implications pour le marché français du fitness
Le marché français compte aujourd’hui plus de 7 000 clubs de fitness, avec un taux de pénétration encore inférieur à la moyenne européenne — autour de 11 % contre 14 % au Royaume-Uni. La Gen Z représente un levier de croissance massif, à condition d’adapter l’offre.
Plusieurs enseignes françaises ont déjà amorcé ce pivot. L’Appart Fitness, Keep Cool ou encore L’Orange Bleue travaillent leurs concepts pour intégrer davantage de zones de libre pratique et de functional fitness. Mais la dimension santé mentale reste largement sous-exploitée dans la communication sectorielle française, encore très axée sur la transformation physique et la performance. Dans ce contexte de recomposition, des acteurs comme Urban Gym Group qui prévoit une expansion européenne illustrent la dynamique de consolidation qui redessine les équilibres du marché.
Les franchiseurs ont ici un rôle clé à jouer. Former les managers et les coachs à aborder le bien-être mental sans verser dans la psychologie de comptoir, créer des espaces et des rituels qui favorisent la régulation émotionnelle, intégrer des outils de suivi du bien-être subjectif aux côtés des métriques de performance physique : autant de chantiers qui dessinent le club de fitness de demain.
Les données de The Gym Group envoient également un signal fort aux investisseurs qui regardent le secteur. Si la Gen Z perçoit la salle de sport comme un besoin fondamental — au même titre que d’autres postes incompressibles de leur budget — et non comme un loisir discrétionnaire, la résilience du modèle économique en période de ralentissement économique s’en trouve renforcée.
C’est précisément l’argument que les chaînes low-cost ont utilisé pour traverser la crise de 2008 et, dans une moindre mesure, la période post-Covid. Avec une Gen Z qui intègre l’abonnement fitness dans ses dépenses contraintes, les acteurs bien positionnés sur ce segment disposent d’un coussin de rétention structurel que les clubs premium n’ont pas au même degré.
Pour les fonds qui regardent des opérations de consolidation en France — un mouvement qui s’accélère depuis 2022 — ce profil de membre Gen Z est une donnée de valorisation à part entière.
Ce que l’étude ne dit pas — et qu’il faut pourtant anticiper
Toute étude commandée par une enseigne mérite d’être lue avec un regard critique. The Gym Group a naturellement intérêt à valoriser l’importance de la salle de sport dans la vie de ses membres. Les biais de sélection — des membres déjà actifs et engagés — sont réels.
Cela dit, les tendances identifiées convergent avec d’autres sources indépendantes : les études de l’IHRSA, les données de Deloitte sur les comportements de consommation des 18-25 ans, ou encore les enquêtes du Crédoc sur la pratique sportive en France. La Gen Z entretient bien un rapport singulier au sport, plus profond et plus systémique que les générations précédentes.
La vraie question pour les exploitants français est de mesurer à quelle vitesse leur offre, leur communication et leur culture d’entreprise vont s’adapter pour capter — et retenir — ces membres qui, une fois ancrés dans une routine et une communauté, sont parmi les plus fidèles du secteur. Attention cependant, cette Gen Z, comme toute les autres générations, vieillira et il faudra anticiper leurs nouvelles attentes…

