Technogym franchit le cap du milliard…

Un milliard d’euros. Le chiffre est rond, symbolique, et il dit quelque chose d’important sur l’état du marché mondial de l’équipement fitness. Technogym a officiellement franchi ce seuil en 2025, avec un chiffre d’affaires en hausse de 13 % sur un an et un bénéfice net ajusté qui bondit de 33 % à 120 millions d’euros. Pour les opérateurs français, ce cap n’est pas qu’une victoire italienne à applaudir de loin — c’est un signal de marché à décrypter.

Des chiffres qui racontent une dynamique de fond

La croissance de Technogym ne doit rien au hasard ou à un effet de rattrapage post-Covid. L’entreprise de Cesena avait déjà enregistré une année record en 2024. Repartir de cette base haute pour afficher +14,9 % sur le segment commercial — celui qui concerne directement les clubs, les hôtels, les structures médicales et les collectivités — c’est une performance qui mérite attention.

La croissance est tirée par l’Europe, et notamment l’Italie, mais aussi par les Amériques. La France, marché mature mais en recomposition, s’inscrit dans cette dynamique européenne. Les exploitants de clubs qui ont investi dans la montée en gamme de leur parc machines ces deux dernières années ont contribué, directement ou indirectement, à ce résultat. Des réseaux comme Basic-Fit, qui a franchi le cap des 1 000 clubs, illustrent bien l’ampleur de cette recomposition du marché européen.

Le positionnement « wellness » : stratégie ou réalité commerciale ?

Nerio Alessandri, PDG et fondateur, ne parle plus de fitness. Il parle de prévention et de longévité en bonne santé. Ce glissement sémantique est délibéré, et il a des implications concrètes pour les opérateurs B2B. Le positionnement wellness premium — celui que Technogym incarne et vend — répond à une demande croissante des adhérents qui cherchent une expérience globale, pas simplement un accès à des machines. Le secteur mondial du bien-être, qui pèse désormais 2 000 milliards de dollars, confirme que cette orientation stratégique s’appuie sur des fondamentaux économiques solides.

Pour un exploitant de club en France, cela pose une question directe : votre offre est-elle alignée sur cette promesse de santé globale, ou vendez-vous encore essentiellement du temps de pratique ? L’équipementier a compris avant beaucoup d’autres que l’expérience digitale intégrée — via son écosystème Mywellness — est devenue un argument de différenciation autant que le matériel lui-même.

La rente olympique : un atout marketing à double tranchant

Pour la 10e fois consécutive, Technogym était fournisseur officiel et exclusif des Jeux Olympiques et Paralympiques. On se souvient notamment que Technogym avait été désigné équipementier officiel des Jeux Olympiques de Paris 2024, une vitrine mondiale incomparable et un levier de légitimité que la marque exploite intelligemment dans ses argumentaires commerciaux auprès des clubs.

Mais pour les acheteurs professionnels français, la question reste entière : le label olympique justifie-t-il l’écart de prix par rapport à des concurrents comme Life Fitness, Egym ou Matrix ? Dans un contexte de pression sur les marges pour les clubs indépendants, le prestige de la marque doit se traduire en valeur perçue par les adhérents — et donc en rétention et en recrutement.

Ce que ce milliard révèle sur le marché de l’équipement en France

Le succès de Technogym confirme plusieurs tendances structurelles que les opérateurs français doivent intégrer dans leur stratégie d’investissement. D’abord, le renouvellement de parc s’accélère : les clubs qui misent sur la montée en gamme attirent une clientèle plus solvable et moins volatile. Ensuite, la connectivité des équipements n’est plus un luxe — c’est une infrastructure de données au service de la fidélisation. La plateforme Technogym Live, qui propose des contenus d’entraînement en direct et à la demande, illustre parfaitement cette logique d’engagement digital des adhérents.

Enfin, la santé préventive comme axe de positionnement ouvre des marchés adjacents : mutuelles, entreprises, établissements de soins. Technogym l’a compris et structure son offre en conséquence. Les franchiseurs et investisseurs français qui réfléchissent à leur prochain concept auraient tort de ne pas s’en inspirer.

Perspectives : entre géopolitique et opportunités de marché

Alessandri lui-même reconnaît « un environnement géopolitique complexe ». Les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, la volatilité des coûts de l’énergie et l’incertitude économique en zone euro pèsent sur les décisions d’investissement des clubs. Pourtant, Technogym continue d’investir — en R&D, en distribution, en services. La marque multiplie également les initiatives grand public, comme en témoigne l’événement « Bougeons ensemble » organisé avec Technogym, qui ancre la marque dans une démarche de santé communautaire au-delà du seul marché professionnel.

Pour les opérateurs français en phase de développement ou de rénovation, c’est peut-être le signal le plus important : les grands équipementiers croient au marché. La question n’est pas de savoir si le secteur fitness va continuer à croître, mais comment positionner son club pour capter cette croissance plutôt que de la subir.